ADDIS-ABEBA, 9 février (Xinhua) -- Les dirigeants africains se réuniront à Addis-Abeba, en Ethiopie, du 11 au 15 février pour le 39e Sommet de l'Union africaine (UA), la protection de la sécurité hydrique du continent devant figurer parmi les priorités de l'ordre du jour, aux côtés des défis persistants en matière de paix et de sécurité.
Placé sous le thème "Garantir une disponibilité durable de l'eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063", ce rendez-vous annuel débutera par une réunion du Conseil exécutif de l'UA les 11 et 12 février, suivie de l'Assemblée des chefs d'Etat et de gouvernement les 14 et 15 février.
Selon des responsables et des analystes, le sommet intervient à un moment crucial, alors que le continent cherche à traduire ses priorités de longue date en initiatives concrètes pouvant faire progresser le développement et la sécurité de l'Afrique.
UN SOMMET A UN MOMENT CRITIQUE
"Le sommet de cette année intervient à un moment critique, en particulier au moment où le second plan de mise en œuvre décennal de l'Agenda 2063 prend de l'ampleur", a déclaré à Xinhua Costantinos Berhutesfa Costantinos, ancien conseiller de l'UA et de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique.
Il a indiqué que l'importance de la réunion résidait dans sa pertinence pour aller au-delà de la définition d'un ordre du jour et servir de plateforme pour faire avancer un continent doté de ressources sécurisées, souverain sur le plan alimentaire et pacifique.
"En approuvant des résultats concrets d'importance continentale, les dirigeants africains réunis au sommet devraient combler le fossé persistant entre les aspirations et les réalisations du continent", a-t-il dit.
Le chercheur a noté que l'importance du sommet était encore amplifiée par un paysage mondial complexe, marqué par des rivalités géopolitiques, une fragmentation économique, un protectionnisme galopant et un multilatéralisme en déclin.
"Le sommet doit donc servir de conseil stratégique où les dirigeants africains forgent un front uni pour renforcer le positionnement mondial de l'Afrique en tant qu'acteur clé dans l'ordre mondial émergent", a-t-il souligné.
En préparation du sommet, les envoyés africains ont conclu la semaine dernière une réunion du Comité des représentants permanents (CRP) de l'UA, finalisant les projets d'ordre du jour et de programmes de travail. Outre la sécurité hydrique, les envoyés ont également mis en évidence des priorités clés, notamment la paix et la sécurité, la croissance économique inclusive, la bonne gouvernance, l'éducation et la santé, ainsi que la position de l'Afrique dans les affaires mondiales.
Exprimant sa préoccupation face à "un environnement mondial de plus en plus complexe", le président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé à renforcer la solidarité, l'unité et l'autosuffisance pour sauvegarder les intérêts collectifs du continent lors de la réunion du CRP.
LA SECURITE HYDRIQUE AU PREMIER PLAN
En annonçant l'orientation de cette année, l'UA a indiqué que les aspirations de l'Afrique en matière de croissance économique, de transformation sociale, d'intégration régionale, de commerce, de paix et de sécurité "dépendent toutes de la garantie d'une disponibilité durable de l'eau pour tous usages".
Des données récentes de l'UA montrent que plus de 300 millions d'Africains n'ont pas accès à l'eau potable, tandis que plus de 700 millions de personnes à travers le continent vivent sans un assainissement adéquat. Alors que la population africaine devrait atteindre 1,6 milliard d'ici 2030, l'UA a prévenu que la croissance démographique et l'urbanisation rapide nécessiteront au moins 50% de nourriture en plus et une multiplication par dix de la demande en eau pour la production d'énergie.
Soulignant l'importance cruciale du thème de cette année, M. Youssouf a insisté sur le rôle critique de l'eau dans le développement de l'Afrique et son importance croissante en tant qu'enjeu géopolitique mondial.
Selon M. Costantinos, cette mesure élève l'eau d'un défi de développement à un impératif stratégique et transversal, central pour le développement, la résilience climatique et la stabilité de l'Afrique. Pour relever les défis de la sécurité hydrique et de l'assainissement, a-t-il dit, il faudra exploiter efficacement le lien entre l'eau, l'énergie, l'agriculture et la dynamique de la pauvreté.
Alors que le changement climatique exacerbe encore le stress hydrique du continent, menaçant les moyens de subsistance agricoles, la production d'énergie et la santé publique, l'UA a averti que l'incapacité à relever ce défi entraînera davantage d'insécurité alimentaire, de fardeau de maladies, de déplacements humains, de conflits et d'obstacles au développement économique.
FAIRE FACE AUX PERILS SECURITAIRES RECURRENTS
Les attentes sont également fortes que le sommet s'attaque aux causes profondes de l'insécurité, qui sont de plus en plus imbriquées avec les déficits de gouvernance et des vulnérabilités plus larges.
Soulignant un contexte sécuritaire difficile, le chef de la CUA a reconnu les périls persistants en matière de paix et de sécurité dans différentes régions d'Afrique, notamment dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), au Soudan, en Libye, dans la région du Sahel, ainsi que la multiplication des changements anticonstitutionnels de gouvernement.
M. Youssouf a souligné la nécessité "d'agir avec urgence" pour faire face à ces crises et faire avancer les réformes, en particulier au sein de l'architecture africaine de paix et de sécurité.
M. Costantinos a déclaré que le sommet devrait renforcer le rôle de l'UA dans la sauvegarde de la stabilité continentale par des "interventions politiques décisives". Il a souligné que cela pourrait inclure la pleine opérationnalisation de la Force africaine en attente et l'autonomisation du Conseil de paix et de sécurité de l'UA pour autoriser des déploiements rapides soutenus par un financement prévisible.
"Les crises en cours au Soudan et dans l'est de la RDC, ainsi que les défis posés par le terrorisme et l'extrémisme, servent de tests décisifs immédiats pour l'UA et ses dirigeants alors qu'ils se réunissent à Addis-Abeba", a-t-il affirmé. "Le sommet devrait produire des résultats concrets visant à faciliter des résolutions rapides aux crises de sécurité en Afrique par des solutions africaines". Fin
