(Multimédia) Au-delà des médailles, le long chemin du wushu au Sénégal vers l'olympisme (REPORTAGE) - Xinhua - french.news.cn

(Multimédia) Au-delà des médailles, le long chemin du wushu au Sénégal vers l'olympisme (REPORTAGE)

French.news.cn | 2026-11-04 à 19:28

Une mascotte pose avant le match de la finale du combiné féminin de taijiquan en wushu (catégorie taolu) aux Jeux olympiques de la jeunesse de 2026 à Diamniadio, au Sénégal, le 3 novembre 2026.(Xinhua/Wang Dongzhen)

Le parcours de l'équipe sénégalaise de wushu aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Dakar 2026 s'est achevé plus tôt qu'espéré. Mais pour l'entraîneur et ses jeunes athlètes, le wushu représente bien davantage qu'une quête de médailles.

DAKAR, 4 novembre (Xinhua) -- Un éventail qui s'ouvre dans un claquement sec. Un pied qui frappe le sol avec force. Un long bâton qui fend l'air avant de vibrer légèrement à la fin d'un mouvement. Aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Dakar 2026, les gestes des arts martiaux chinois prennent vie pour la première fois sur la scène olympique.

Parmi les spectateurs les plus attentifs figure Ousmane Sakho, entraîneur de l'équipe nationale sénégalaise du wushu. Pour ce passionné d'arts martiaux, voir ses jeunes élèves participer à une compétition olympique dans leur propre pays relève d'un rêve longtemps resté inimaginable.

"Jamais de la vie ! Au début, on s'entraînait sans rien. Je n'aurais jamais imaginé mener des jeunes ici, au Sénégal, pour les Jeux", confie-t-il en évoquant ses débuts.

Le chemin a été long pour cet entraîneur qui, depuis des années, s'efforce de faire connaître le wushu dans un pays où le football occupe une place prépondérante.

Ousmane Sakho a découvert les arts martiaux chinois pendant son enfance, grâce à un film de kung-fu enregistré sur une cassette vidéo. Fasciné dès les premières images, il s'est progressivement consacré à cette discipline, qui lui a appris non seulement à maîtriser son corps, mais aussi à affronter les difficultés et les échecs.

"Le wushu m'a apporté une paix intérieure", raconte-t-il.

A 20 ans, il décide de se consacrer à la promotion du wushu au Sénégal. Pourtant, la passion ne suffit pas à lui assurer un revenu stable ni même une salle d'entraînement.

Pendant plus de dix ans, malgré le manque de moyens, l'éducateur n'a jamais renoncé à enseigner son art.

L'annonce de l'intégration du wushu au programme officiel des JOJ de Dakar 2026 lui a ouvert une nouvelle perspective. Devenu entraîneur de l'équipe nationale junior, Ousmane Sakho s'est vu confier la préparation de jeunes athlètes appelés à représenter leur pays lors de cette première participation du wushu aux JOJ.

Parmi eux figurent Mahib Amar et Woreye Ndiaye, tous deux âgés de 16 ans, qui ont finalement décroché leur qualification pour les Jeux.

Ndiaye Woreye (à gauche) et Mahib Amar (2e à gauche) suivent des conseils de Wu Yanan (à droite), entraîneur en chef de l'équipe de formation nationale du wushu de la Chine, au cours d'une formation au taijiquan dans une école de wushu à Tianjin, dans le nord de Chine, le 9 octobre 2026. (Xinhua/Sun Fei)


DES ATHLETES FORMES EN CHINE


Mais la passion et la volonté ne suffisaient pas à combler les écarts techniques avec les meilleurs compétiteurs internationaux.

Les épreuves de taolu, qui reposent sur l'exécution d'enchaînements codifiés, répondent à des critères exigeants en matière de technique, de difficulté, de direction des mouvements et de qualité d'exécution. Pour M. Sakho et ses élèves, peu habitués aux compétitions internationales de haut niveau, les progrès à accomplir restaient considérables.

En avril 2025, Ousmane Sakho s'est rendu en Chine pour suivre une formation d'entraîneurs organisée par la Fédération internationale de wushu (IWUF), consacrée notamment à la troisième série de routines internationales de compétition.

L'entraîneur chinois Zheng Jutian, qui l'a rencontré à cette occasion, se souvient que M. Sakho ne maîtrisait pas encore certains mouvements réglementaires. La formation lui a permis d'améliorer sa technique et de mieux comprendre les critères de notation, ainsi que les fautes susceptibles d'entraîner des pénalités.

L'entraîneur sénégalais est ensuite retourné à plusieurs reprises en Chine avec ses athlètes. En mars 2026, son équipe a participé aux championnats du monde juniors de wushu à Tianjin, une compétition importante dans le processus de qualification pour les JOJ de Dakar.

En août dernier, quatre jeunes athlètes sénégalais ont de nouveau pris la direction de Tianjin pour près de deux mois de préparation intensive à l'école de wushu Huo Yuanjia.

Encadrés par les entraîneurs chinois Zhao Qingjian, champion du tournoi de wushu des Jeux olympiques de Beijing 2008, et Wu Yanan, les jeunes Sénégalais ont travaillé leur condition physique, leur souplesse et la précision de leurs mouvements.

"Nous avons commencé par leur enseigner les mouvements un par un", explique Zhao Qingjian, évoquant notamment les difficultés rencontrées dans l'exécution de certaines techniques exigeant une grande souplesse.

La formation a également porté sur le choix de la musique, les modalités d'entrée sur l'aire de compétition et les déplacements à effectuer pendant les enchaînements.

Wu Yanan reconnaît que le niveau initial des athlètes était inférieur à ses attentes, mais souligne les progrès réalisés au fil des entraînements. De son côté, M. Sakho a attentivement observé les méthodes pédagogiques de ses collègues chinois, avec la volonté de mettre à profit ces enseignements auprès de ses élèves au Sénégal.

"Le stage en Chine a beaucoup apporté à nos athlètes", estime El Hadji Ndiogou Gueye, président de la Fédération sénégalaise de wushu. Selon lui, les jeunes ont progressé sur les plans technique et physique, mais aussi en matière de discipline et de maîtrise des mouvements difficiles.

Mahib Amar participe au round préliminaire du combiné masculin de taijiquan, dans la compétition de taijishan en wushu (catégorie taolu) aux Jeux olympiques de la jeunesse de 2026 à Diamniadio, au Sénégal, le 2 novembre 2026. (Xinhua/Sun Fei)


DES PERFORMANCES SATISFAISANTES, MAIS QUELQUES REGRETS


Le 1er novembre, après des mois de préparation, les jeunes Sénégalais ont enfin fait leurs premiers pas sur la scène olympique.

Woreye Ndiaye, qui avait participé au serment des athlètes lors de la cérémonie d'ouverture, a pris part aux éliminatoires féminines de taijishan, l'épreuve de l'éventail de taiji.

Lors d'une conférence de presse consacrée au wushu, la jeune athlète avait adressé un message simple aux autres participants : "Profitez de la compétition, profitez du moment".

Mais sa première expérience olympique a été interrompue par une blessure survenue en compétition. Elle n'a pas pu participer à l'épreuve de taijiquan prévue le lendemain, alors qu'elle venait de réaliser d'importants progrès dans la maîtrise de mouvements particulièrement difficiles.

Son coéquipier Mahib Amar a, quant à lui, disputé les éliminatoires masculines de taijiquan et de taijishan. Sans parvenir à se classer parmi les huit premiers pour accéder à la finale, il estime néanmoins avoir nettement progressé par rapport à ses précédentes compétitions internationales.

"On s'est bien entraînés pour arriver à cette compétition. Nous sommes allés deux fois en Chine et on a conclu la préparation des Jeux par un dernier stage à Guéréo", explique-t-il. "Après deux ans de préparation, il fallait faire le maximum dans cette compétition, essayer d'élever la note pour se qualifier", ajoute le jeune sportif.

Originaire de Bayakh, M. Amar pratique le wushu depuis 2020. Il affirme avoir amélioré ses performances par rapport aux championnats du monde juniors et entend poursuivre son entraînement après les Jeux.

"J'ai décidé de pratiquer le wushu par passion", dit-il. "Mon rêve est de devenir champion olympique."

Pour M. Sakho, les performances de ses élèves suscitent à la fois satisfaction et regrets.

"C'est dur. Amar a progressé, il va encore progresser. Il a fait des efforts. Et Ndiaye, blessée au mauvais moment. Le sport, c'est cruel", confie-t-il.

Wu Yanan, qui a également accompagné l'équipe sénégalaise pendant les Jeux dans le cadre d'un projet chinois d'assistance technique, voit dans cette expérience une leçon essentielle du sport : au-delà de la recherche de la victoire, les jeunes doivent apprendre à faire face à l'échec, à surmonter les difficultés et à persévérer.

Woreye Ndiaye participe au tour préliminaire du combiné féminin de taijiquan dans la compétition de taijishan en wushu (catégorie taolu) aux Jeux olympiques de la jeunesse de 2026 à Diamniadio, au Sénégal, le 1er novembre 2026. (Xinhua/Sun Fei)


LE WUSHU, UNE DISCIPLINE EN PLEIN ESSOR


Au Sénégal, l'aventure olympique de ces jeunes athlètes s'inscrit dans un mouvement plus large de développement du wushu.

Selon El Hadji Ndiogou Gueye, le pays compte aujourd'hui plus de 10.000 pratiquants et plus de 400 clubs. Des structures régionales de wushu sont présentes dans onze des 14 régions administratives du Sénégal.

"On a longtemps lutté, on s'est longtemps battus pour que le wushu fasse partie de la famille olympique", rappelle-t-il. Il est convaincu que les JOJ contribueront à populariser davantage cette discipline, notamment grâce aux équipements et aux possibilités d'entraînement qui pourraient constituer un héritage durable de l'événement.

Le 2 novembre, à l'issue des éliminatoires, le parcours de l'équipe sénégalaise de wushu aux JOJ s'est achevé plus tôt qu'espéré. Mais pour M. Sakho, la suite ne fait aucun doute.

"On rentre au club et on reprend, c'est tout", répond-il lorsqu'on l'interroge sur l'avenir.

Pour lui, le wushu représente bien davantage qu'une quête de médailles.

"Quand je vois ces jeunes trouver le droit chemin et se tenir droit grâce au wushu, ça vaut toutes les médailles", se réjouit-il. "Je reste tant qu'ils s'entraînent." Fin■

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