La nouvelle Longue Marche de Xi Jinping - Xinhua - french.news.cn

La nouvelle Longue Marche de Xi Jinping

French.news.cn | 2026-10-23 à 13:03

BEIJING, 23 octobre (Xinhua) -- Sur les rives de la rivière Yudu, dans l'est de la Chine, une chorale a chanté les soldats quittant leur maison il y a plus de neuf décennies. A côté des chanteurs, huit grands caractères chinois rouges proclamaient: "Que l'esprit de la Longue Marche brille à jamais".

En octobre 1934, quelque 86.000 soldats de l'Armée rouge ont traversé la rivière, ne sachant pas qu'ils se lançaient dans un exténuant voyage de 12.500 kilomètres, que le journaliste américain Edgar Snow a salué comme "une odyssée sans égale dans les temps modernes". En octobre 1936, trois grandes forces de l'Armée rouge ont convergé dans le nord-ouest de la Chine, marquant la fin de la Longue Marche.

Alors que la Chine commémore cette année le 90e anniversaire de la conclusion victorieuse de la Longue Marche, des visiteurs se sont rendus dans le district montagneux de Yudu, dans le sud de la province orientale du Jiangxi, pour voir où tout a commencé.

Yudu accueille chaque année des millions de visiteurs. Parmi ceux qui ont fait le voyage se trouve le président chinois Xi Jinping.

Lors de sa visite en mai 2019, M. Xi a posé une gerbe de fleurs au monument du départ de la Longue Marche, s'est rendu au point de traversée de la rivière utilisé par les soldats de l'Armée rouge et a rencontré leurs descendants.

"Je suis venu ici pour faire savoir aux gens dans tout le pays que le Parti n'a pas oublié son aspiration originelle", a déclaré M. Xi, qui est également secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois (PCC) et président de la Commission militaire centrale.

"Nous devons nous appuyer sur le passé, boucler nos bagages et repartir", a-t-il déclaré.

PASSER LE TEMOIN

La Longue Marche a été un tournant stratégique. En 1934, le PCC, encore naissant, a été contraint d'abandonner sa base principale dans les provinces du Jiangxi et du Fujian après avoir échoué à repousser la cinquième campagne d'encerclement et de répression menée par le régime du Kuomintang.

Cette manœuvre a conduit l'Armée rouge à traverser près de 100 rivières et plus de 40 montagnes imposantes, ainsi que des marécages connus sous le nom de "zone de la mort". Les troupes ont livré plus de 600 combats. Beaucoup ont perdu la vie en chemin.

Tout au nord-ouest, le père de M. Xi, Xi Zhongxun, et ses camarades Liu Zhidan et Xie Zichang ont établi la base révolutionnaire du Shaanxi-Gansu. L'existence de cette base a joué un rôle déterminant dans la décision de Mao Zedong d'en faire la destination finale de la Longue Marche.

Après la Longue Marche, le Parti s'est solidement implanté dans le nord du Shaanxi, avec Yan'an comme quartier général pendant plus d'une décennie. C'est de là qu'il a gagné en puissance, qu'il a mené le peuple chinois dans la lutte contre l'invasion japonaise et qu'il a finalement renversé le régime du Kuomintang.

Ayant grandi au sein d'une telle famille révolutionnaire, M. Xi a développé un lien profond avec la Longue Marche et cette région. Il n'avait pas encore 16 ans lorsqu'il a quitté Beijing pour un village de Yan'an, où il a passé sept ans à vivre et à travailler aux côtés des agriculteurs. C'est là qu'il a rejoint le Parti, est devenu chef du Parti du village, a tissé des liens étroits avec les populations locales et s'est engagé à servir le peuple par le biais de fonctions publiques.

Yan'an, bastion de la révolution chinoise après la Longue Marche et tremplin vers la victoire nationale, a ainsi marqué le point de départ du parcours politique de M. Xi.

"Chaque fois que je me rendais à Yan'an ces dernières années, j'éprouvais un profond sentiment de respect et d'enthousiasme", a rappelé M. Xi.

Dans sa jeunesse, M. Xi a été profondément fasciné par l'histoire de la Longue Marche. Dans les années 1980, il a fait la connaissance de l'écrivain Wang Yuanjian, qui s'est consacré à relater l'héroïsme de l'Armée rouge. M. Wang avait interrogé de nombreux vétérans de la Longue Marche. Pendant qu'ils racontaient leurs histoires, M. Xi sortait un cahier de sa poche et prenait des notes avec soin, a rappelé la femme de M. Wang dans un article.

En 1996, alors qu'il occupait le poste de secrétaire adjoint du Parti dans le Fujian, M. Xi a participé à un relais de la flamme réunissant 1.000 personnes pour marquer le 60e anniversaire de la Longue Marche. Il s'est élancé en tête du cortège aux côtés d'un vétéran de l'Armée rouge âgé de 82 ans.

En 2006, alors qu'il était secrétaire du Parti du Zhejiang, M. Xi a visité une exposition photographique marquant le 70e anniversaire de la Longue Marche. Il a décrit la Longue Marche à la fois comme une épreuve extraordinaire de l'esprit et de la volonté humains, et comme un voyage à la poursuite du renouveau de la nation chinoise.

Depuis son accession aux plus hautes fonctions fin 2012, M. Xi a retracé les itinéraires de la Longue Marche lors de ses visites à travers le pays : de Yudu, où l'Armée rouge centrale s'est rassemblée et a pris la route, à Quanzhou, où les soldats ont livré la sanglante bataille du Xiangjiang ; Zunyi, théâtre d'un tournant décisif ; et Jiangtaibu, où les forces de l'Armée rouge se sont rejointes à la fin de la Longue Marche.

Dans les musées, M. Xi a étudié les objets exposés et posé des questions. Devant les monuments, il a rendu hommage aux martyrs de la révolution en déposant des gerbes de fleurs et en s'inclinant. Il a également donné pour instruction aux autorités de retrouver et d'inhumer dignement les dépouilles des soldats, ainsi que de construire des lieux commémoratifs.

Lors d'une visite, il s'est arrêté devant un portrait de Chen Shuxiang, dont la division avait servi d'arrière-garde à l'Armée rouge. Capturé après avoir couvert la traversée du fleuve par le gros des troupes, M. Chen a refusé de se rendre et est mort après avoir rouvert sa plaie abdominale.

M. Xi a demandé comment l'Armée rouge avait réussi à briser l'encerclement et à rester soudée malgré des pertes dévastatrices, puis a donné sa propre réponse : la puissance de la conviction.

Pour des générations de dirigeants chinois, la Longue Marche n'est pas seulement une campagne militaire, mais une métaphore de la tâche permanente de transformer la Chine.

En 1949, plus d'une décennie après la fin de la Longue Marche, la République populaire de Chine a été fondée. Plus tôt cette année-là, alors que la victoire était en vue, M. Mao avait déclaré que remporter la révolution "ne serait que la première étape de la Longue Marche". La marche vers la construction d'une Chine nouvelle venait tout juste de commencer.

Elle s'est considérablement accélérée avec le lancement de la politique de réforme et d'ouverture en 1978. Deng Xiaoping, un vétéran de la Longue Marche, a proposé une stratégie en trois étapes pour la modernisation de la Chine, qui était ensuite précisée comme suit : répondre aux besoins fondamentaux de la population en matière d'alimentation et d'habillement d'ici 1990, atteindre le niveau de moyenne aisance d'ici la fin du XXe siècle et réaliser pour l'essentiel la modernisation d'ici le milieu du XXIe siècle. Cette entreprise de modernisation a fini par être connue sous le nom de nouvelle Longue Marche.

"La Longue Marche de notre génération consiste à atteindre les 'objectifs des deux centenaires' et à concrétiser le Rêve chinois, à savoir le renouveau de la nation chinoise", selon M. Xi.

Ces deux objectifs consistent, d'une part, à parachever l'édification intégrale d'une société de moyenne aisance d'ici le centenaire du Parti en 2021 et, d'autre part, à bâtir un grand pays socialiste moderne à tous égards d'ici le centenaire de la République populaire, vers le milieu du siècle.

En 2017, M. Xi a avancé de 15 ans, soit à 2035, l'année prévue pour parvenir, pour l'essentiel, à la modernisation dans le cadre de la stratégie en trois étapes de M. Deng.

"Chaque génération doit entreprendre sa propre Longue Marche", d'après M. Xi.

BRAVER TOUS LES OBSTACLES

Au début de la Longue Marche, l'Armée rouge faisait face à un ennemi supérieur tant en nombre qu'en armement. Les forces du Kuomintang la poursuivaient par l'arrière et lui barraient la route devant, cherchant à l'encercler et à la détruire. Percer ce cordon signifiait se battre pour chaque chance de survie.

Au cours de l'hiver 1934, la lutte a atteint un point critique sur la rivière Xiangjiang. Sous un bombardement intense, les troupes de l'Armée rouge se sont frayées un chemin vers les points de passage. Lorsque l'armée est parvenue à percer, ses effectifs étaient passés d'environ 86.000 personnes au début de la Marche à un peu plus de 30.000.

La nouvelle Longue Marche menée par M. Xi mettra à l'épreuve la détermination du Parti face à une nouvelle série de défis. Lorsqu'il a été élu à la tête du Parti en 2012, la Chine était devenue la deuxième économie mondiale et le premier pays manufacturier après plus de trois décennies de croissance économique rapide.

Cette transformation a également entraîné de nouveaux défis. La Chine devait maintenir son élan économique tout en réduisant les disparités régionales, luttant contre la corruption, éradiquant la pauvreté absolue et atténuant les pressions environnementales croissantes. Parallèlement, les attentes de la communauté internationale à l'égard de la Chine ne cessaient de grandir.

Evoquant la "Longue Marche d'aujourd'hui", M. Xi déclare que, bien que les conditions et les tâches diffèrent considérablement, elle reste "une entreprise pionnière, ardue et complexe".

L'entreprise de modernisation menée par M. Xi aujourd'hui est sans précédent dans l'histoire de l'humanité. Une population de plus de 1,4 milliard d'habitants avance collectivement vers la modernité à une échelle qui dépasse celle de l'ensemble des populations des pays développés actuels. Son objectif est la prospérité commune pour tous, englobant à la fois la richesse matérielle et le progrès culturel et éthique. L'accent est mis sur l'harmonie entre l'humanité et la nature. La Chine poursuit également son renouveau par le développement pacifique.

Rien de tout cela n'est facile.

M. Xi estime que surmonter les risques et les défis de cette nouvelle marche exige la même volonté révolutionnaire que celle forgée pendant la Longue Marche. "Quelle que soit l'ampleur des difficultés, pensons à la Longue Marche de l'Armée rouge et pensons à la bataille sanglante de la rivière Xiangjiang", explique-t-il.

Il a proposé une série de stratégies visionnaires pour garantir que la marche se poursuive dans la bonne direction. Parmi celles-ci figure un vaste programme de réformes, le plus complet de l'histoire, qui confère au marché un rôle "décisif" dans l'allocation des ressources tout en veillant à ce que le gouvernement remplisse mieux son rôle. Il promet un accès plus large au marché pour les investisseurs étrangers. Depuis 2013, le nombre de zones pilotes de libre-échange en Chine est passé d'une seule à un total de 23 actuellement.

Il a proposé une nouvelle vision de développement mettant davantage l'accent sur l'innovation, la coordination, le développement vert, l'ouverture et le partage des bénéfices. Tous ces éléments font écho à l'expérience importante tirée de la Longue Marche : agir de sa propre initiative, rechercher la vérité dans les faits et partir de la réalité.

Plus récemment, M. Xi a introduit la notion de "forces productives de nouvelle qualité", un terme qu'il utilise pour désigner une croissance tirée par les avancées technologiques et la modernisation industrielle. A l'instar de ses prédécesseurs durant la Longue Marche, M. Xi dirige en première ligne, faisant preuve d'une vision stratégique et d'une grande détermination.

Lors d'une visite dans une usine automobile il y a plusieurs années, il a appelé à passer des véhicules à carburant conventionnel aux véhicules à énergie nouvelle, identifiant cette transition comme l'avenir de l'industrie automobile chinoise. Il y a plus d'une décennie, M. Xi a exhorté les plus grands scientifiques chinois à prêter attention à une "révolution des robots" susceptible de remodeler le secteur manufacturier mondial, soulignant la nécessité pour la Chine de renforcer ses capacités en robotique et de conquérir une part plus importante du marché.

Au cours de la Longue Marche, l'Armée rouge a combattu l'ennemi avec des armes obsolètes. Aujourd'hui, le défi est différent : rester en phase avec la révolution scientifique et l'explosion des innovations technologiques. Alors que la pression exercée par les restrictions technologiques étrangères et les barrières commerciales s'intensifie, M. Xi appelle le pays à renforcer l'innovation autonome et la résilience des chaînes industrielles et d'approvisionnement, et à garantir à la fois le développement et la sécurité.

Il a mené une campagne visant à faire de la Chine une puissance scientifique et technologique, propulsant le pays à l'avant-garde mondiale dans les domaines tels que l'intelligence artificielle, la technologie quantique et les énergies nouvelles.

Des fusées porteuses aux sous-marins nucléaires, la Chine a baptisé certaines de ses principales réalisations technologiques en l'honneur de la Longue Marche, rendant ainsi hommage à une histoire d'autonomie et de persévérance tout en inspirant de nouvelles avancées technologiques.

En 2014, M. Xi a conduit des généraux de haut rang à Gutian, dans le Fujian, où une réunion de l'Armée rouge en 1929 avait établi le principe de la direction absolue du Parti sur l'armée, afin de réaffirmer ce principe. Il a lancé une réforme militaire de grande envergure, jetant les bases nécessaires à la réalisation des objectifs fixés pour le centenaire de l'Armée populaire de libération en 2027 et à l'édification de forces armées de classe mondiale.

La nouvelle Longue Marche progresse à un rythme soutenu et affiche des résultats significatifs. De 2012 à 2025, le PIB de la Chine est passé d'environ 54.000 milliards de yuans à plus de 140.000 milliards de yuans, tandis que le PIB par habitant est passé d'un peu plus de 6.000 à près de 14.000 dollars. Le pays a bâti un système industriel complet couvrant toutes les catégories industrielles de la classification des Nations unies.

L'économie chinoise reste le plus grand moteur de la croissance mondiale, représentant environ un tiers de la hausse de la production mondiale ces dernières années, selon les données du gouvernement chinois et des instituts internationaux. L'influence technologique et culturelle de la Chine est également perçue de manière de plus en plus positive à travers le monde.

Une enquête mondiale publiée en juillet par le Pew Research Center révèle que l'image de la Chine s'est améliorée dans de nombreux pays ces dernières années. Pour la première fois, la Chine est perçue plus favorablement que les Etats-Unis dans la majorité des pays interrogés.

Pourtant, alors que l'objectif de modernisation fixé pour 2035 se rapproche, M. Xi met en garde contre tout relâchement. "Il nous reste encore de nombreuses 'montagnes enneigées' et 'prairies' à traverser", a-t-il déclaré.

Relever ces défis dépend avant tout du renforcement de la direction du Parti. Le parallèle historique est explicite. La Longue Marche a contribué à former une nouvelle direction centrale avec M. Mao comme noyau dirigeant et a ouvert une période au cours de laquelle le Parti a de plus en plus trouvé ses propres réponses aux problèmes auxquels la révolution chinoise était confrontée.

"Après la Longue Marche, le Parti et l'Armée rouge ont été renforcés, et non affaiblis", déclare M. Xi. "C'est parce qu'ils avaient trouvé la bonne voie et la théorie pour les guider."

Dans cette nouvelle ère, le Parti a établi la position centrale de M. Xi au sein du Comité central du Parti et dans l'ensemble du Parti, et a établi le rôle directeur de la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise dans la nouvelle ère.

Lu Yi, professeur à l'Ecole du Parti du Comité central du PCC, déclare que, pour relever les défis de la nouvelle Longue Marche, il faut une orientation stratégique solide de la part de la direction du Parti, l'unité au sein du PCC et dans tout le pays, ainsi que la discipline, l'engagement et le dévouement de tous les membres du Parti.

"C'est ainsi que l'acier a été trempé", note Yuri Tavrovsky, un expert russe spécialiste de la Chine. "Les événements dramatiques de 1934-1936 ont mis en évidence et renforcé les meilleures qualités du PCC, lui permettant d'unir un pays divisé et d'en bâtir un grand. "

TOUT POUR LE PEUPLE

Dans son chef-d'œuvre "L'Etoile rouge sur la Chine", publié pour la première fois en 1937, M. Snow rapporte l'explication simple donnée par un soldat de l'Armée rouge justifiant le combat de ses camarades et de lui-même : "Ici, tout le monde se bat pour aider les pauvres et pour sauver la Chine."

D'après le professeur Lu, l'histoire de la marche épique de l'Armée rouge est aussi celle des liens profonds entre l'armée et le peuple, et de la manière dont le Parti s'est appuyé sur le peuple même qu'il cherchait à servir.

A Yudu, les habitants ont démonté des portes et des lits pour construire des ponts de fortune qui ont permis à l'Armée rouge de traverser la rivière. Tout au long de la Longue Marche, les populations locales leur ont fourni de la nourriture, leur ont servi de guides et ont hébergé les blessés.

"A l'époque, nous dépendions du peuple à chaque instant. Nous dépendions de lui pour la nourriture et pour livrer nos batailles, nous devions le mobiliser et compter sur son soutien. Sans lui, nous n'aurions rien pu accomplir", a déclaré Xi Zhongxun, le père de M. Xi, en évoquant ses premières années de révolution.

Cette confiance dans le peuple demeure au cœur de l'approche de M. Xi en matière de gouvernance. Il a souligné que le Parti devait œuvrer pour le peuple et s'appuyer sur sa sagesse et son initiative, en fondant les politiques sur ses besoins et son expérience.

M. Xi a appelé les responsables à s'inspirer de l'esprit de la Longue Marche et à mieux comprendre la mission originelle du Parti, qui est de "rechercher le bonheur pour le peuple chinois et le renouveau de la nation chinoise".

Il a un jour raconté l'histoire de "la demi-couverture". Pendant la Longue Marche, trois soldats de l'Armée rouge dormaient chez un villageois dont la famille manquait de literie. Avant de partir, ils ont coupé en deux leur unique couverture et en ont donné une moitié à la famille pour l'aider à se tenir au chaud.

Lorsque M. Xi a accédé aux plus hautes fonctions, le Parti était au pouvoir depuis plus de six décennies, et certains de ses membres s'étaient de plus en plus éloignés des traditions forgées pendant les années révolutionnaires.

M. Xi a dénoncé des responsables aux manquements éhontés, notamment le népotisme, le factionnalisme, la distribution de postes officiels et l'obéissance feinte-- des pratiques qui éloignaient le Parti du peuple.

M. Xi a averti qu'une corruption incontrôlée pourrait signer la fin du Parti comme de l'Etat. Il a rapidement introduit un code de conduite connu sous le nom des Huit Recommandations visant à freiner les dépenses excessives des responsables. Il a lancé la plus vaste campagne anticorruption de l'histoire du Parti, qui a conduit à des enquêtes sur des millions de personnes pour violations disciplinaires. Il a également mené des améliorations du cadre réglementaire interne du Parti et créé des commissions de supervision, le tout afin d'"enfermer le pouvoir dans une cage institutionnelle".

Plus tôt cette année, M. Xi a lancé une campagne d'étude à l'échelle du Parti, exhortant les membres à corriger leur état d'esprit concernant leur performance politique. Un objectif clé est d'éradiquer la tendance de certains responsables à sacrifier le bien-être public pour soigner le bilan de leurs réalisations.

"En fin de compte, la Longue Marche a réussi parce que le Parti et l'Armée rouge sont restés unis au peuple, ont maintenu un lien étroit avec lui et ont partagé avec lui le meilleur comme le pire. C'est aussi une garantie fondamentale qui nous permet de surmonter toutes les difficultés et tous les dangers", selon M. Xi.

Maintenir ce lien suppose de comprendre ce à quoi les gens aspirent et d'agir sur leurs préoccupations les plus urgentes.

M. Xi a piloté une campagne sans précédent de lutte contre la pauvreté qui a sorti près de 100 millions de ruraux de la pauvreté absolue en huit ans. Depuis le début de la réforme et de l'ouverture en 1978, plus de 70% de la réduction de la pauvreté dans le monde est attribuée à la Chine.

M. Xi a employé des métaphores de la Longue Marche pour évoquer la bataille acharnée contre la pauvreté. "De même que le mont Liupan était le dernier haut sommet que l'Armée rouge devait franchir pendant la Longue Marche, sortir tous les gens de la pauvreté est le dernier sommet que nous devons dépasser pour bâtir une société de moyenne aisance sur tous les plans", a-t-il indiqué.

La guerre de M. Xi contre la pauvreté était vaste par son ampleur, mais granulaire dans son approche, allant jusqu'au foyer individuel pour identifier ce qui maintenait les gens dans la pauvreté. L'aide était adaptée en conséquence : favoriser des industries appropriées aux conditions locales et relocaliser les villageois hors des lieux inhospitaliers. En huit ans, plus de 3 millions de cadres ont été envoyés dans les villages pour travailler sur la ligne de front de la lutte contre la pauvreté extrême.

Comme lors de la Longue Marche, certains n'ont pas vécu assez longtemps pour voir la victoire : plus de 1.800 membres du Parti et responsables sont morts dans l'exercice de leurs fonctions. M. Xi a décrit la volonté de consentir des sacrifices pour le pays et son peuple, quelles que soient les difficultés, comme un élément central de l'esprit de la Longue Marche.

Les montagnes enneigées et les prairies que l'Armée rouge a dû franchir à pied sont désormais reliées par des autoroutes et des chemins de fer. La Chine a construit les plus grands réseaux mondiaux d'autoroutes et de lignes ferroviaires à grande vitesse, qui acheminent les produits agricoles hors des villages reculés pour augmenter les revenus des habitants locaux.

La restauration écologique est un autre exploit. La Chine est devenue le pays où la superficie forestière augmente le plus et le plus rapidement au monde. Au pied des montagnes, le long des itinéraires de la Longue Marche, les visiteurs ordinaires peuvent aujourd'hui croiser des pandas géants et d'autres animaux sauvages. Des installations photovoltaïques et éoliennes s'élèvent au-dessus des prairies. Les lampes à pétrole que les bergers fournissaient autrefois à l'Armée rouge ne se voient plus guère que dans les musées.

Le pays a également bâti les plus grands systèmes mondiaux d'éducation, de sécurité sociale et de santé. L'espérance de vie a atteint 79,25 ans en 2025. La Chine figure désormais parmi les meilleurs pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure pour les principaux indicateurs de santé.

La Longue Marche que la Chine poursuit aujourd'hui exige des efforts non moindres que la Longue Marche historique, selon le chercheur britannique Martin Jacques.

"C'est un défi complexe, mais il recèle tant de possibilités et tant de potentiel. Et les récompenses seront énormes", affirme-t-il.

UN ECHO A TRAVERS LE MONDE

D'après M. Xi, la communauté internationale pense de plus en plus que la Longue Marche est un des événements clés ayant façonné l'histoire du monde au 20e siècle et la considère comme une épopée d'idéaux, de dévouement, de force de volonté et de courage, dont la force d'inspiration a transcendé le temps et les frontières.

Dans les années 1930, M. Snow prévoyait que quelqu'un écrirait un jour l'épopée complète de la Longue Marche. Au cours des décennies qui ont suivi, de nombreuses personnes ont retracé son chemin, recherché les survivants et rédigé leurs propres témoignages. Parmi les plus connues figure le journaliste américain Harrison Salisbury, qui, dans "La Longue Marche : l'histoire méconnue", livre publié en 1985, décrit cet événement comme "unique en son genre", son héroïsme enflammant les rêves d'une immense nation et mettant celle-ci en marche vers un destin que nul ne peut encore deviner.

Felix Gitaari Njage, un officier militaire kenyan comptant parmi une centaine d'officiers venus de plus de 80 pays et régions pour étudier en Chine, a visité des sites le long des routes de la Longue Marche cet été. Il déclare que l'esprit de la Longue Marche est un capital précieux pour le monde, offrant des leçons aux militaires du monde entier.

"L'esprit qui l'anime offre aux pays du Sud global la sagesse stratégique et la force intellectuelle nécessaires pour parvenir à l'unité et à l'autonomie, et pour surmonter l'adversité", précise-t-il.

La Longue Marche continue à susciter l'intérêt des universitaires des pays développés et en développement. Ils pensent que la réussite de la Chine dans la nouvelle Longue Marche devrait profiter aux populations au-delà de ses frontières ainsi qu'à sa propre population.

En 2013, M. Xi a proposé la vision de "communauté d'avenir partagé pour l'humanité". Cette vision, avec les initiatives qu'il a ensuite présentées sur le développement, la sécurité, la civilisation et la gouvernance du monde, a permis d'élaborer les propositions et les solutions de la Chine pour contrer les défis partagés dans un monde caractérisé par les inégalités de richesse, les conflits, la méfiance, l'unilatéralisme et l'intimidation.

En septembre, lors du sommet des BRICS en Inde, M. Xi a appelé le groupe à prendre l'initiative dans la promotion de l'innovation, la paix et la stabilité, les échanges entre les civilisations, et la réforme en matière de gouvernance mondiale.

Kirill Babaev, directeur de l'Institut de la Chine et de l'Asie moderne à l'Académie des sciences de Russie, interprète le message de la Chine comme un appel à d'autres grands pays à se joindre à une "nouvelle Longue Marche" vers un ordre international basé sur l'égalité et le respect mutuel. Le résultat, d'après lui, aurait des conséquences pour l'humanité tout entière, et pas seulement pour la Chine.

Keith Bennett, vice-président du Club du Groupe des 48 basé au Royaume-Uni, établit un lien similaire entre la mémoire révolutionnaire et la coopération internationale. Dans un article publié en juillet dans La Chine au présent, il note que l'esprit de la Longue Marche s'exprime aujourd'hui dans des projets comme l'initiative "Ceinture et Route", qui connecte les pays par les infrastructures, le commerce et le développement.

Il a dit que la Longue Marche restait une force d'orientation pour s'attaquer à des tâches difficiles et complexes, surmonter les goulots d'étranglement de développement, et poursuivre la mise en œuvre des objectifs nationaux à long terme.

Pour les pays qui s'inspirent de l'expérience de la Chine, les efforts déployés par elle pour combiner développement et sécurité, effectuer une transition vers des énergies plus propres et promouvoir la prospérité partagée pourraient leur fournir des pistes pour relever les défis, comme le changement climatique, les urgences de santé publique, l'insécurité alimentaire et énergétique, ainsi que les inégalités.

La Longue Marche constitue un témoignage puissant de la force infinie de l'esprit humain une fois qu'il s'est éveillé, d'après le professeur Lu. "Il donne confiance aux pays en développement et espoir à l'humanité tout entière, en affirmant que, même dans un monde en proie à de nombreuses incertitudes, il existe encore des forces qui défendent avec détermination la justice et œuvrent pour un avenir plus radieux", déclare-t-il.

L'horizon s'étend à perte de vue. L'objectif du premier centenaire dans le cadre des "objectifs des deux centenaires" de la Chine a été atteint. Le second, au moment où la République populaire de Chine célèbrera son centenaire en 2049, reste encore à venir.

"Aujourd'hui, nous sommes plus proches, plus confiants et plus capables que jamais de réaliser l'objectif du grand renouveau de la nation chinoise", a noté M. Xi.

"Nous œuvrerons pour défendre la paix et le développement du monde, tout en poursuivant notre propre développement", a-t-il ajouté. Fin

Vous avez une question, une remarque, des suggestions ? Contactez notre équipe de rédaction par e-mail à xinhuanet_french@news.cn
Sponsored by Xinhua News Agency. Copyright © 2000- XINHUANET.com All rights reserved.