ZHENGZHOU, 7 octobre (Xinhua) -- Un couteau glisse doucement sur une volute en train de prendre forme dans un atelier. L'artisan souffle délicatement, envoyant de fins copeaux danser dans un rayon de soleil, et l'air est empli du parfum de l'épicéa et de l'érable.
La scène pourrait facilement se dérouler à Crémone, en Italie. Pourtant, elle se déroule à Queshan, un district d'environ 374.500 habitants dans la province du Henan, dans le centre de la Chine, qui est devenu l'une des principales sources mondiales de violons faits à la main.
Cet artisanat est né en Italie au XVIe siècle et s'est répandu à travers le monde au XVIIIe siècle. Dans les années 1980, des villageois de Queshan ont rejoint la vague de travailleurs migrants partis vers des villes lointaines. Beaucoup ont trouvé un emploi dans des usines de violons à Beijing. Au fil des ans, ils se sont forgé une réputation de maîtres artisans. Certains ont même dirigé leurs propres ateliers.
En 2015, Queshan a commencé à inciter ses enfants à revenir et a élaboré des plans pour un parc industriel du violon. Plus de 60 luthiers sont revenus pour créer des entreprises, assignant des rôles de production à des ménages où les villageois peuvent être formés et employés.
Contrairement aux ouvriers d'usine des chaînes de montage urbaines, les artisans de Queshan se spécialisent souvent dans une seule étape : scier le bois, sculpter les tables, assembler les caisses ou tailler les volutes. Ils peuvent aussi emporter des composants chez eux et fixer leurs propres horaires.
He Ruixia fait partie de ces personnes revenues dans leur région natale. "Mes horaires sont flexibles, et je suis payée pour chaque pièce que je termine", a-t-elle indiqué, penchée sur un violon tandis que son mari assemblait un violoncelle à proximité.
"Depuis que je suis revenue, je gagne plus et je suis plus heureuse", a-t-elle dit. "Il est plus facile de m'occuper de ma famille tout en menant mon travail à bien."
Les instruments qu'elle fabrique seront expédiés du port de Tianjin vers les Etats-Unis, le plus grand marché outre-mer pour les violons de Queshan, tant en volume qu'en valeur.
Queshan détient plus de 80% du marché national des violons faits à la main de milieu et haut de gamme, selon Jiang Baolin, secrétaire général de l'Association des fabricants de violons faits à la main de Queshan.
Tirant parti de l'ère numérique, les ateliers locaux touchent désormais leurs acheteurs via les réseaux sociaux. Lors d'une diffusion en direct dans une usine du bourg de Zhugou, un animateur travaille avec un musicien qui teste des instruments en direct tandis que des clients d'Australie, de Russie et de France passent commande en ligne.
"Le commerce électronique transfrontalier présente nos violons aux clients du monde entier", a déclaré M. Jiang. "Les courtes vidéos et les diffusions en direct permettent aux clients étrangers de constater par eux-mêmes la qualité de la lutherie chinoise. Les gens du métier savent depuis longtemps que les bons violons faits à la main viennent de Queshan, mais il n'existait auparavant aucun canal pour les acheter."
Aujourd'hui, les violons fabriqués à Queshan sont vendus dans plus de 30 pays et régions, notamment aux Etats-Unis, en Italie, en France et en Allemagne. Le district a mis en place une chaîne industrielle complète qui couvre la transformation du bois, la sculpture des accessoires et la peinture au pistolet. Ses 144 entreprises, spécialisées dans la fabrication de violons et les activités connexes, emploient plus de 2.600 personnes locales, qui produisent environ 400.000 violons par an, pour une production industrielle annuelle de 600 millions de yuans (89,5 millions de dollars).
Cette industrie a également été un chemin pour sortir de la pauvreté. En février 2020, Queshan figurait parmi les 14 derniers districts pauvres du Henan à être retirés de la liste nationale des zones touchées par la pauvreté.
Le violon continue d'inspirer la génération suivante. Selon M. Jiang, plusieurs écoles primaires du district proposent des cours de violon, offrant aux enfants la chance d'apprendre l'instrument que fabriquent leurs propres familles. "Plusieurs jeunes étudient maintenant dans des conservatoires à Beijing, Tianjin, Xi'an et Shanghai", a-t-il ajouté. ■
