PARIS, 16 septembre (Xinhua) -- L'"esprit de Dujiangyan" rappelle que la coopération internationale n'est pas une compétition destinée à imposer un modèle à l'autre, mais un travail patient de recherche d'équilibres, a déclaré Lyazid Benhami, membre de l'Association des Amitiés franco-chinoises de Paris, dans une récente interview accordée à Xinhua.
Cette référence à l'"esprit de Dujiangyan" a été mise en avant lundi par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot lors d'un entretien téléphonique avec son homologue chinois Wang Yi. M. Barrot a souligné qu'au cours de l'année qui a suivi la visite du président français Emmanuel Macron en Chine, la France et la Chine ont maintenu "l'esprit de Dujiangyan" d'engagement et d'intégration, recherché un terrain d'entente tout en respectant les différences et maintenu le dialogue, les relations bilatérales conservant généralement leur dynamique de développement.
Cette référence à "l'esprit de Dujiangyan" remonte à la visite du président français Emmanuel Macron en Chine en décembre dernier, au cours de laquelle il a visité le système d'irrigation de Dujiangyan, le seul projet d'irrigation ancien au monde encore exploité aujourd'hui et l'un des premiers exemples réussis de coexistence harmonieuse entre l'homme et la nature.
Ce qui paraît particulièrement intéressant dans Dujiangyan, c'est la conception qui le sous-tend : il ne s'agit pas de lutter contre la nature en cherchant à la dominer, mais de comprendre son fonctionnement, de l'accompagner et de l'organiser afin qu'elle puisse bénéficier durablement à la société, a expliqué M. Benhami.
Selon lui, cette approche peut constituer "une belle métaphore des relations internationales". Entre deux pays comme la France et la Chine, qui ont des histoires, des systèmes politiques, des cultures et des sensibilités différentes, "l'objectif ne peut pas être de faire disparaître les différences. Il consiste plutôt à apprendre à travailler avec elles".
La construction du système d'irrigation de Dujiangyan a notamment tenu compte des conditions géographiques et hydrologiques locales. Pour M. Benhami, cette approche est également importante pour une coopération durable entre la France et la Chine.
"Une coopération durable ne peut fonctionner que si elle tient compte de la réalité de chacun. Il serait illusoire de vouloir appliquer mécaniquement les mêmes solutions à des sociétés qui ont des trajectoires historiques et des environnements différents", a-t-il indiqué.
"La France et la Chine doivent donc pouvoir coopérer sans chercher à se ressembler", a-t-il poursuivi, estimant que cela suppose de mieux identifier les domaines dans lesquels leurs intérêts convergent naturellement : l'enseignement supérieur, la recherche, la culture, la santé, la transition écologique, mais aussi les nouvelles technologies et les grands projets liés au développement.
Dujiangyan repose également sur une gestion qui tient compte du cours naturel de la rivière, plutôt que sur une volonté de le modifier entièrement. Cette approche peut également éclairer la manière dont les deux pays gèrent leurs divergences, selon l'expert.
"Dans une relation internationale, vouloir supprimer les divergences n'est ni réaliste ni souhaitable. La question est plutôt de savoir comment les gérer de manière constructive", a-t-il déclaré.
Il a relevé que la relation franco-chinoise comportait actuellement "des sujets de désaccord, notamment dans le domaine économique et commercial", ajoutant que la réponse ne pouvait pas être uniquement celle de la confrontation.
"Le récent dialogue entre M. Barrot et M. Wang montre justement l'importance de maintenir des canaux de discussion ouverts. La France a intérêt à défendre ses intérêts, tout comme la Chine défend les siens, mais ces intérêts ne sont pas nécessairement incompatibles", a-t-il poursuivi.
Il faut donc davantage de dialogue, de transparence et de réciprocité, mais aussi une vision de long terme, a estimé M. Benhami.
Depuis sa construction, Dujiangyan a notamment permis de soutenir la production et la vie quotidienne des populations locales. Cette dimension peut également servir de référence à la coopération franco-chinoise, a estimé M. Benhami.
"Une relation internationale n'a de véritable profondeur que lorsqu'elle produit des bénéfices concrets pour les sociétés (...) Une grande réalisation ne prend tout son sens que lorsqu'elle améliore durablement la vie des populations. C'est également cette exigence qui devrait guider la coopération franco-chinoise", a-t-il déclaré.
S'agissant de l'évolution des relations franco-chinoises depuis la visite de M. Macron en Chine en décembre 2025, M. Benhami a dit porter sur elle "un regard à la fois positif et lucide".
Les éléments positifs comprennent, selon lui, le maintien du dialogue politique, qui revêt une importance particulière dans un contexte international marqué par de fortes tensions, ainsi que la diversité des domaines de coopération, qui permet aux deux pays de maintenir des échanges à différents niveaux, notamment dans les domaines économique, climatique, culturel et universitaire.
"La France et la Chine n'ont pas besoin d'être d'accord sur tout pour travailler ensemble. Elles ont surtout besoin de continuer à se parler, de mieux se comprendre et d'identifier les domaines dans lesquels leur coopération peut contribuer au développement et à la prospérité de leurs deux sociétés", a-t-il conclu. Fin
