PARIS, 12 septembre (Xinhua) -- La 91e édition de la Fête de l'Humanité, organisée de vendredi à dimanche au Plessis-Pâté, sur l'ancienne base aérienne 217 située dans l'Essonne, au sud de Paris, bat son plein. A environ sept mois de l'élection présidentielle de 2027, ce grand rendez-vous réunit toujours un large éventail des forces de la gauche française.
Créée en 1930 à l'initiative du quotidien L'Humanité, notamment pour soutenir financièrement le journal, la fête est devenue au fil des décennies un grand rendez-vous politique et culturel, dépassant largement le seul cadre communiste. Partis politiques, syndicats, associations, intellectuels et visiteurs s'y côtoient autour de débats, rencontres et spectacles.
LE RASSEMBLEMENT EN QUETE D'UNITE
Cette édition est notamment placée sous le signe des 90 ans du Front populaire. "Cette année, nous allons fêter les 90 ans du Front populaire", avait expliqué en juillet Sofia Boutrih, directrice de la Fête de l'Humanité. Elle avait évoqué la volonté de réunir organisations syndicales, politiques, associatives et internationales autour d'une réflexion sur la nécessité d'un "front uni".
Plusieurs candidats déclarés ou potentiels ont ainsi profité de ce rendez-vous pour exposer leurs orientations, parmi lesquels le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) Fabien Roussel, le fondateur de La France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon, le député François Ruffin et la secrétaire nationale des Ecologistes Marine Tondelier.
Après avoir récemment officialisé sa candidature, M. Roussel a tenu samedi à la fête son premier grand meeting de campagne. Lors d'un débat vendredi avec le président du Mouvement des entreprises de France (Medef), Patrick Martin, il défend notamment ses positions sur le travail, l'industrie, le pouvoir d'achat et le renforcement des services publics.
M. Mélenchon, lui aussi candidat déclaré, a accordé vendredi un entretien d'une heure à la rédaction de L'Humanité, abordant notamment les salaires, la taxation de l'héritage, le changement climatique et la stratégie face à l'extrême droite. Interrogé sur l'union de la gauche, M. Mélenchon a assuré que "tous ceux qui veulent se joindre à la lutte avec nous sont les bienvenus", tout en maintenant la stratégie autonome de LFI pour la présidentielle.
Dans son discours prononcé samedi, M. Ruffin a appellé la gauche à "se rassembler" et à "élargir aux Français". Mme Tondelier poursuit ses efforts en faveur d'une candidature commune. "Notre travail, ce n'est pas juste de nous affronter, de nous différencier, de nous singulariser, c'est de trouver ensemble un chemin de victoire", a-t-elle déclaré.
L'initiative "Front populaire 2027", lancée en 2025 par plusieurs formations et personnalités de gauche, vise précisément à faire émerger une candidature commune dans le sillage de l'alliance constituée pour les élections législatives anticipées de 2024. Mais à quelques mois du scrutin, l'ensemble des composantes de la gauche n'ont pas convergé vers une stratégie commune.
DES DIVERGENCES QUI DEMEURENT
Si le rassemblement reste ainsi au cœur des discours d'une partie de la gauche, les stratégies pour la présidentielle demeurent différentes. Selon un décompte publié en juin par le quotidien Le Monde, au moins une quinzaine de personnalités de gauche préparaient ou envisageaient alors une candidature à l'élection présidentielle.
Les organisateurs de la fête n'éludent d'ailleurs pas les divergences qui traversent la gauche française. Selon Sofia Boutrih, l'un des intérêts de ce rassemblement est de "mettre la gauche face à ses responsabilités et ses contradictions" et d'encourager le dialogue.
Ces différences sont apparues samedi dans les meetings de M. Mélenchon et M. Roussel, organisés à moins de deux heures d'intervalle. Les deux candidats de gauche radicale partagent plusieurs orientations sur les questions économiques et sociales, notamment la hausse des salaires, une redistribution accrue des richesses et une intervention plus importante de l'Etat dans l'économie.
M. Roussel, qui tenait son premier meeting de campagne, place notamment l'accent sur le travail, le pouvoir d'achat et la réindustrialisation. Il défend un SMIC à 1.700 euros net et une hausse générale des salaires. Il plaide également pour des nationalisations, temporaires ou définitives, notamment dans des filières stratégiques.
"Sur les questions économiques et sociales, on sera plus à gauche et radical que Jean-Luc Mélenchon", selon le porte-parole du PCF, Léon Deffontaines.
Pour sa part, M. Mélenchon insiste sur la répartition des richesses, les salaires et la fiscalité. Il défend notamment une hausse du salaire minimum et une taxation accrue des héritages les plus importants. "Le budget de l'Etat doit être débarrassé de la charge des aides sans contrepartie au capital", déclaré-t-il.
Les différences sont plus nettes sur l'énergie. M. Roussel défend le développement conjoint du nucléaire et des énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone en 2050, une position qui le distingue d'une partie de la gauche. M. Mélenchon prône pour sa part une planification écologique, une sortie planifiée du nucléaire et le passage à 100% d'énergies renouvelables d'ici 2050.
Les divergences portent également sur la stratégie présidentielle. M. Mélenchon, qui ne participe pas au processus de primaire engagé par une partie de la gauche, poursuit sa propre campagne en dehors de ce processus. M. Roussel défend, de son côté, une candidature communiste autonome, estimant qu'elle peut contribuer à élargir l'assise électorale de la gauche, notamment auprès des catégories populaires.
D'autres candidats cherchent eux aussi à faire entendre leur propre stratégie. M. Ruffin, met notamment l'accent sur la reconquête de l'électorat populaire tout en plaidant pour un rassemblement plus large de la gauche. Mme Tondelier continue de défendre l'union, tout en faisant de l'écologie un axe central de sa démarche. Une partie de la gauche défend par ailleurs une ligne plus sociale-démocrate et pro-européenne. Fin
