GUIYANG, 10 septembre (Xinhua) -- Dans un village de montagne du sud-ouest de la Chine, un groupe d'étudiants, d'entrepreneurs et d'architectes français ont troqué cet été leurs bureaux et ateliers contre des outils de chantier. Aux côtés d'artisans locaux, ils ont retiré de vieilles tuiles, démoli des murs endommagés et transporté de lourdes poutres en bois pour aider à restaurer des maisons vieilles de plusieurs siècles.
Depuis près d'une décennie, les bénévoles internationaux sont une présence familière chaque été dans l'ancien village de Yunshan Tun, à Anshun, ville de la province chinoise du Guizhou (sud-ouest). Ce site historique, marqué par des forteresses militaires vieilles de 600 ans, abrite un ensemble de citadelles en pierre connues sous le nom de Tunpu.
Depuis plus de dix ans, 429 bénévoles venus de Chine, de France, de Grèce, du Royaume-Uni, de Norvège, de Belgique, d'Australie, d'Allemagne et d'autres pays ont participé à des chantiers de conservation des maisons anciennes, dont 98 bénévoles étrangers, précise Yue Jian, architecte du Guizhou et organisateur de ces chantiers en collaboration avec REMPART, un réseau français de bénévoles dédié à la conservation du patrimoine.
Ils passent deux semaines ou plus sur chaque chantier, travaillant aux côtés d'artisans et d'équipes de construction locaux sur des tâches physiques exigeantes et acquérant une expérience pratique de savoir-faire artisanaux traditionnels rares. Cinquante bénévoles français ont participé au chantier de Tunpu. Parmi les participants de cette année figurait Fatoumata Camara, étudiante de 25 ans à l'Institut national des langues et civilisations orientales en France, qui est revenue en Chine en août dernier pour sa deuxième expérience de conservation.
"J'avais entendu dire par d'anciens bénévoles français qu'il s'agissait de l'un des chantiers les plus anciens entre la France et la Chine. Savoir que tant de personnes y avaient participé au fil des ans m'a donné envie d'y contribuer moi aussi", déclare-t-elle, décrivant cette expérience comme "une occasion de comprendre l'histoire de la Chine dans des lieux où les gens vivent encore et où les traditions sont toujours vivantes".
Avant son arrivée, Fatoumata Camara pensait que les maisons traditionnelles du sud de la Chine seraient principalement en bois. Au lieu de cela, elle a découvert un usage très répandu de murs en pierre associés à des structures en bois, un héritage architectural lié à l'histoire militaire de la région.
Yunshan Tun fait partie des villages Tunpu, typiques du Guizhou, un ensemble de villages-forteresses militaires vieux d'environ six siècles. Construites sous la dynastie Ming (1368-1644), ces garnisons abritaient des troupes, cultivaient des terres agricoles et gardaient la frontière sud-ouest de la Chine. La plupart de ces villages sont concentrés autour d'Anshun, à moins de 100 km de Guiyang, la capitale de la province. L'utilisation massive de la pierre a valu à la région la réputation de "royaume de la pierre".
La maison que Fatoumata Camara a contribué à restaurer s'étend sur 128 m² répartis sur deux étages et se dresse à l'emplacement d'un avant-poste militaire de la dynastie Ming. "Cela m'a montré jusqu'où peut aller un projet de conservation du patrimoine à long terme et à quel point un village peut se transformer au fil du temps", indique-t-elle.
DES CITADELLES FRANÇAISES AUX MAISONS DU GUIZHOU
Ces dernières décennies, une large coopération entre les institutions chinoises et françaises a amené des bénévoles internationaux à réparer des structures anciennes -- temples, murs et maisons -- non seulement dans le Guizhou, mais également sur divers sites, notamment à Pingyao, dans le Shanxi et au Fujian. Le chantier de Pingyao a été inclus dans l'initiative du volontariat pour le patrimoine mondial de l'UNESCO. Dans le Guizhou, treize maisons vieilles de plusieurs siècles ont été réparées dans le cadre du programme.
Yue Jian, qui a lancé le projet de volontariat dans les villages Tunpu en 2014, a visité ces structures en pierre dans les années 1990, alors qu'il était encore étudiant en architecture. Fasciné par l'approche locale de la construction en harmonie avec le terrain, il a développé un profond engagement dans la préservation de ces structures historiques. Il a suivi les conseils de Ruan Yisan, un expert chinois renommé en matière de préservation des villes historiques, pour travailler comme bénévole d'abord en France.
"J'ai découvert que la préservation du patrimoine ne devait pas nécessairement être le domaine exclusif d'experts et d'institutions professionnelles. Les jeunes ordinaires peuvent également y participer, travaillant sous la direction de professionnels tout en apprenant l'architecture et l'artisanat traditionnel", déclare-t-il.
De retour au Guizhou, il a commencé à explorer les moyens d'adapter cette approche à la Chine rurale. "Les chantiers français se concentrent souvent sur de grands châteaux médiévaux, tandis que les villages traditionnels du Guizhou sont constitués de nombreuses résidences plus petites, chacune avec des propriétaires et des utilisateurs différents", explique-t-il. Yue Jian considère l'ensemble du village comme "un seul grand château", dont chaque maison traditionnelle fait partie.
Dans les villages français, des bénévoles ont appris les techniques traditionnelles de taille de pierre et de maçonnerie en restaurant des châteaux médiévaux en pierre endommagés par la guerre. Dans les villages Tunpu du Guizhou, les participants français ont appris auprès des charpentiers locaux la construction traditionnelle à ossature en bois, utilisant des outils locaux, tels que le cordeau à encre, le rabot et le ciseau, pour travailler sur des colonnes et des joints en bois. "Nous sommes allés en France pour apprendre le travail de la pierre, et eux sont venus au Guizhou pour apprendre le travail du bois", explique Yue Jian.
Pour des participants comme Fatoumata Camara, la restauration ne vise pas à figer le village dans le passé, mais cherche plutôt à créer un équilibre entre la préservation de l'ancien et l'introduction de nouveauté pour attirer les visiteurs et soutenir le village. "La conservation ne consiste pas seulement à rendre un lieu magnifique pour les visiteurs, mais aussi à garantir que les résidents de ces lieux historiques bénéficient de normes de confort et d'hygiène", note-t-elle.
Le chantier propose également des activités sur les arts traditionnels locaux, tels que l'opéra Tunpu, le batik et la sculpture de masques en bois. "J'ai appris bien plus que de simples techniques de restauration. Ils m'ont montré à quel point la Chine est incroyablement diverse. Chaque région a des traditions, une cuisine et des paysages qui lui sont propres", déclare-t-elle.
Le projet de réparation en cours, financé par un cabinet d'architecture de Shanghai, devrait être achevé en août de l'année prochaine.
Les efforts de conservation locaux s'intensifient également. Les autorités culturelles et touristiques de la ville d'Anshun ont investi plus de 230 millions de yuans (environ 34 millions de dollars) dans la restauration de 27 sites clés du patrimoine dans les villages Tunpu et ont eu recours à la numérisation 3D pour documenter 1.187 sites du patrimoine culturel immobilier et 307 éléments du patrimoine culturel immatériel, formant ainsi une base de données de ressources numériques pour la culture Tunpu.
UN ATTRAIT CULTUREL PROFOND
Marie-Georges Pagel-Brousse, présidente de REMPART, s'est rendue à quinze reprises en Chine, mais une rencontre particulière avec un contremaître du Guizhou reste la plus mémorable. Lors d'un chantier participatif organisé en 2019 dans le village Miao de Xijiang, dans la province du Guizhou, un artisan local a montré comment les techniques ancestrales chinoises pouvaient contribuer à réduire l'utilisation d'outils électriques. "Les techniques traditionnelles d'assemblage et de charpenterie du Guizhou ont été une véritable leçon pour les bénévoles français. Ici, les traditions n'ont heureusement pas disparu ; elles restent bien vivantes, notamment en matière de savoir-faire artisanal", déclare-t-elle.
Pour Marie-Georges Pagel-Brousse, ces chantiers ont également démontré l'importance de la participation du public à la préservation du patrimoine. "La présence de bénévoles peut parfois inciter les populations locales à redécouvrir la valeur des traditions qui font désormais partie de leur quotidien", ajoute-t-elle.
"Les bénévoles découvrent des approches de travail différentes, mais inspirantes, et développent un profond respect pour les experts locaux qui maîtrisent leurs techniques à la perfection. L'architecture chinoise est si impressionnante et remarquable qu'elle laisse une impression durable et édifiante", note-t-elle.
"Les Français que je connais et qui sont allés en Chine ressentent un fort attrait pour ce pays et sa culture. Ils parcourent une si longue distance parce qu'ils ont soif d'apprendre, de rencontrer d'autres personnes et d'échanger avec des gens d'horizons différents. Aucun d'entre eux n'est jamais reparti déçu", indique-t-elle.
Une fois que l'équipe de construction a terminé son travail et est repartie, c'est aux habitants locaux de continuer à entretenir les vieilles maisons, explique M. Yue. "La restauration des maisons historiques ne représente que la première étape. Trouver des moyens pour qu'elles continuent à faire partie de la vie moderne pose un nouveau défi à relever", affirme-t-il.
Le Guizhou a mené des études systématiques sur les vestiges des établissements militaires et résidentiels, avec une documentation préliminaire réalisée pour plus de 300 villages Tunpu, couvrant leur histoire, leurs coutumes et leurs pratiques culturelles. Le champ d'action de la conservation s'est également élargi, passant des maisons individuelles à l'aménagement global des villages, l'artisanat traditionnel, le patrimoine culturel immatériel et la vie quotidienne des habitants.
Certaines maisons restaurées sont devenues des sites touristiques, des ateliers du patrimoine, des cafés et des maisons d'hôtes. Pendant la période de la Fête de la mi-automne et de la Fête nationale de 2025, une saison touristique pic, les cinq principaux sites touristiques Tunpu à Anshun ont accueilli plus de 1,4 million de visiteurs, générant des recettes touristiques de plus de 69 millions de yuans.
Fatoumata Camara a remarqué ce changement pendant son séjour. De nombreuses maisons anciennes ont retrouvé une nouvelle vie en tant que maisons d'hôtes, restaurants ou espaces culturels. Des installations sanitaires modernes coexistent avec l'architecture traditionnelle, tandis que les habitants continuent de vivre dans le village et que les costumes traditionnels et les fêtes font toujours partie de la vie locale.
"Grâce à ces chantiers, les participants français prennent conscience que la Chine est à la fois très moderne tout en restant profondément attachée à ses traditions, à son savoir-faire, à son patrimoine et à la transmission intergénérationnelle", déclare Marie-Georges Pagel-Brousse.
"Ces projets nous aident à mieux nous comprendre les uns les autres, à mieux apprécier un pays et son peuple, et à dépasser les stéréotypes, les préjugés et les perceptions négatives", ajoute-t-elle. ■
