A huit mois de l'élection présidentielle française, un premier débat télévisé autour des questions économiques entre les sept principaux candidats a été organisé jeudi par le Mouvement des entreprises de France (Medef), représentant principal du patronat du pays.
PARIS, 27 août (Xinhua) -- A huit mois de l'élection présidentielle française, un premier débat télévisé autour des questions économiques entre les sept principaux candidats a été organisé jeudi par le Mouvement des entreprises de France (Medef), représentant principal du patronat du pays.
DETTE ET DEPENSES PUBLIQUES
La France dépense plus que les autres dans le social, "trois points de plus que ses voisins", a déclaré Edouard Philippe, candidat du parti Horizons. Il a donc proposé un report de l'âge de départ à la retraite, sans préciser d'âge cependant. "Il faut travailler plus longtemps", a souligné l'ancien Premier ministre du président Emmanuel Macron.
"J'ai fixé un cap. Revenir sous les 3% de déficit en 2032 et à l'équilibre en 2037", a promis un autre ex-chef du gouvernement sous Macron, Gabriel Attal, candidat du parti Renaissance. Pour y arriver, "assumons d'avoir une vraie stratégie de croissance".
La candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a quant à elle attaqué MM. Philippe et Attal, deux rivaux du bloc central, en indiquant que leurs gouvernements avaient produit mille milliards d'euros de dette. M. Attal a répliqué en mettant en doute la réforme des retraites proposée par le RN, "à 26 milliards d'euros pour la ramener à 60 ans, on ne sait pas comment c'est financé, ça retombera toujours sur les entreprises", a-t-il lancé devant les entrepreneurs du Medef.
"Il faut cesser de décrier notre Etat et la construction sociopolitique du pays (...) La quasi-totalité des dépenses de l'Etat sont redistribuées", a indiqué Jean-Luc Mélenchon, candidat du parti La France insoumise (LFI). Il a proposé que la Banque centrale européenne (BCE) gèle les dettes des Etats. Une proposition jugée "irresponsable" par M. Philippe.
REINDUSTRIALISATION
Mme Le Pen, qui souhaite que la France retrouve son "identité économique", a affirmé son soutien à la réindustrialisation française. "Toute implantation industrielle sera considérée par nous comme un projet d'intérêt national majeur, et donc les normes seront considérablement réduites, et donc les délais seront considérablement réduits", a-t-elle déclaré. La candidate du RN a affirmé vouloir supprimer le CFE et le C3S, deux impôts de production majeurs dus par les entreprises en France qu'elle a qualifiés d'"ennemis de la réindustrialisation". Elle a également voulu que "la commande publique soit fléchée vers les entreprises présentes territorialement en France".
Pour pouvoir se réindustrialiser, l'Union européenne (UE) doit davantage se faire respecter, a estimé M. Philippe. Il a pris pour exemple l'actuel Premier ministre canadien, Mark Carney. "Je préfère mille fois ce qu'a dit le Premier ministre canadien au traité piteux que Madame von der Leyen (présidente de la Commission européenne, NDLR) a signé en Ecosse avec monsieur Trump (président américain, NDLR)", a-t-il cinglé.
Pour M. Mélenchon, il faut avant tout fixer des objectifs avant d'aborder concrètement la question de réindustrialisation, qui devrait être guidée par "la planification écologique". Par exemple, "nous sommes le deuxième territoire maritime du monde, nous devons mettre en place les machines pour capter l'énergie de la mer", a martelé le leader insoumis.
ENVIRONNEMENT ECONOMIQUE
Pour Bruno Retailleau, candidat du parti Les Républicains (LR), la France "est ce beau pays où l'Etat se sert avant que l'entreprise n'ait gagné le moindre euro. Le patron des LR a fait des propositions : réduire de 40 milliards les charges sociales dès les premiers mois et les geler sur cinq ans pour assurer une stabilité.
M. Philippe a proposé de supprimer 50 milliards d'impôts de production et de le financer par la suppression de 50 milliards d'aide aux entreprises. Mme Le Pen quant à elle entend supprimer "140 impôts contre-productifs", "soit on les annule pour 58 d'entre eux, soit on les annule avec report pour les restants".
Concernant les salaires des travailleurs, M. Mélenchon a exhorté les chefs d'entreprise à les augmenter pour éviter à la France de tomber en récession. "Je vous mets en alerte : avec le budget Lecornu (actuel Premier ministre français, NDLR), plus l'inflation alimentaire, si vous n'augmentez pas les salaires, la France va tomber en récession", a-t-il lancé. La candidate écologiste, Marine Tondelier, a également voulu augmenter le SMIC, mais elle a promis un grand plan d'aides pour les TPE et les PME, mais aussi la création d'un "prêt à long terme à taux zéro pour financer les investissements dans la diminution des gaz à effet de serre".
Concernant les normes à respecter par les entreprises, M. Mélenchon s'est opposé à l'idée que leur excès était un problème pour les patrons, à l'inverse de M. Philippe, Mme Le Pen et d'autres candidats qui ont mis l'accent sur la nécessité de la simplification de la vie économique.
Le premier débat de la présidentielle a duré trois heures. Interrogés par la presse, les patrons présents ont dans l'ensemble été satisfaits du débat, et se montrent plutôt favorables aux candidats de droite, et à une politique de l'offre plutôt que de la demande.■
