PARIS, 23 août (Xinhua) -- Après sept semaines de compétition, la Coupe du monde d'e-sport (Esports World Cup, ou EWC) s'achève ce dimanche à Paris. Installée à Paris Expo Porte de Versailles depuis le 6 juillet, cette édition a réuni plus de 2.000 joueurs issus de 200 clubs et venus de plus de 100 pays autour de 24 jeux, pour une dotation de 75 millions de dollars. Au-delà des résultats sportifs, l'événement aura aussi offert une vitrine aux différentes forces qui structurent aujourd'hui l'industrie mondiale du jeu vidéo, tout en dessinant une géographie du soft power dans l'e-sport mondial.
LA CHINE, UNE NOUVELLE PUISSANCE DU JEU
Penchées sur leurs smartphones, une vingtaine d'équipes venues notamment de Chine, d'Indonésie, des Philippines, d'Inde, du Brésil ou encore de la République de Corée se sont affrontées pendant des jours sur Honor of Kings, jeu mobile édité par le groupe chinois Tencent et devenu depuis longtemps un phénomène de masse, notamment en Asie. A la Porte de Versailles, les écrans géants donnent à voir la diversité internationale des équipes réunies autour de ce jeu, tandis que les clubs chinois y ont confirmé leur poids sportif : Kuaishou Gaming et AG.AL se sont retrouvés en finale à Paris, avant la victoire de Kuaishou Gaming, 4 manches à 3.
Avec PUBG Mobile, également édité par Tencent, et Mobile Legends: Bang Bang, développé par MOONTON Games, dont le siège est basé en Chine, la Coupe du monde d'e-sport met aussi en lumière le poids des entreprises chinoises dans l'écosystème mondial du jeu mobile. Sans être l'organisatrice de l'événement, la Chine y est ainsi très présente par ses jeux, ses clubs, ses entreprises et l'ampleur de son marché.
Un autre signe de puissance des jeux vidéo chinois s'observe hors des arènes de la Coupe du monde d'e-sport. Depuis le 14 août, le quartier de Bastille s'est mis aux couleurs de Genshin Impact, un jeu de rôle et d'aventure en monde ouvert. Le studio d'origine chinoise HoYoverse y a ouvert un café à l'occasion du lancement d'une nouvelle mise à jour majeure de son jeu. Les joueurs, qui ont formé une longue file d'attente pour y entrer dès le jour d'ouverture, peuvent y déguster des boissons spéciales, profiter d'une offre de restauration, d'une exposition et de décors inspirés de l'univers du jeu, ainsi qu'acheter des produits dérivés. "De quoi ravir les fans", a rapporté BFMTV, rappelant que le titre est "particulièrement populaire dans l'Hexagone".
L'ARABIE SAOUDITE, A L'ORIGINE DE L'EWC
Derrière les jeux et les clubs, l'Arabie saoudite joue un rôle central d'architecte et de principal investisseur de l'événement. Lancée en 2024 à Riyad, la Coupe du monde d'e-sport est une initiative saoudienne destinée à réunir, dans un même rendez-vous, les principaux jeux, clubs et joueurs de l'e-sport mondial. Elle s'inscrit dans les investissements massifs engagés ces dernières années par le royaume dans le secteur. Par l'intermédiaire de son fonds souverain et de sociétés qui lui sont liées, l'Arabie saoudite a notamment acquis ou investi dans des acteurs majeurs comme Scopely, ESL et FACEIT. À l'ouverture de l'édition parisienne 2026, le prince Faiçal ben Bandar ben Sultan Al Saoud, membre du conseil d'administration de l'Esports Foundation, a rappelé que "Riyad restera toujours le berceau et la fondation de l'Esports World Cup", tout en soulignant que son ambition s'était "toujours étendue au-delà de ses frontières".
L'édition 2026, initialement prévue à Riyad, a été exceptionnellement déplacée à Paris en raison du contexte géopolitique au Moyen-Orient. Le changement de lieu n'a pas modifié son architecture financière : selon Le Monde, citant le bilan du sommet Choose France présenté par l'Elysée, l'Arabie saoudite a engagé 250 millions d'euros pour couvrir l'organisation de l'édition parisienne. Les autorités françaises estimaient parallèlement que celle-ci pourrait générer environ 600 millions d'euros de retombées économiques indirectes.
LA FRANCE, AUTRE NOM DE L'ATTRACTIVITE
Pour la France, pays hôte, la Coupe du monde d'e-sport est aussi une vitrine de son attractivité. Cette dimension s'est d'abord reflétée dans la mise en scène de l'événement. A La Seine Musicale, la cérémonie d'ouverture a réuni Aya Nakamura, DJ Snake et Theodora, associant la compétition à des figures de la scène musicale française. Mike McCabe, directeur général adjoint et chef des opérations de l'Esports Foundation, expliquait alors vouloir "rendre hommage à la ville à travers des artistes qui ont contribué à façonner le paysage musical et culturel français actuel". Le 2 août, la Coupe du monde d'e-sport a également investi les Champs-Elysées avec un Esports Festival gratuit, mêlant compétitions de Trackmania, Rocket League et EA Sports FC 26, créateurs et personnalités françaises du jeu vidéo et du divertissement.
Les premières données touristiques donnent enfin une mesure plus concrète des retombées locales. Selon Paris je t'aime, l'office de tourisme de la capitale, l'occupation hôtelière dans les 13e, 14e et 15e arrondissements, proches de la Porte de Versailles, a progressé de 3,2% en moyenne, une hausse que l'office attribue notamment à la Coupe du monde d'e-sport.
S'agissant de la première édition de l'événement organisée hors d'Arabie saoudite, l'Élysée estimait, dans un communiqué, que ce choix "témoigne de l'attrait que continue d'exercer la France sur les grandes compétitions mondiales". Lors de l'ouverture, Marina Ferrari, ministre française des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, a abondé dans ce sens : "La France réaffirme sa capacité à recevoir les plus grandes compétitions internationales et à faire rayonner son savoir-faire." Elle a également annoncé pour l'automne une stratégie nationale de développement de l'e-sport 2026-2030 visant notamment à "structurer la filière", "accompagner l'émergence de nouveaux talents" et "renforcer le rayonnement international" de l'écosystème français. Fin
