La Chine a commencé vendredi à appliquer un traitement tarifaire zéro élargi aux importations en provenance des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, ainsi que l'avait annoncé le président chinois Xi Jinping dans un message de félicitations adressé au 39e sommet de l'Union africaine le 14 février.
NAIROBI, 2 mai (Xinhua) -- La Chine a commencé vendredi à appliquer un traitement tarifaire zéro élargi aux importations en provenance des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, ainsi que l'avait annoncé le président chinois Xi Jinping dans un message de félicitations adressé au 39e sommet de l'Union africaine le 14 février.
Symbole de la coopération sino-africaine dans la nouvelle ère, cette mesure de tarif zéro devrait réduire les barrières commerciales et apporter des avantages à long terme aux populations des deux parties, insufflant un nouvel élan à leur quête commune de modernisation tout en contribuant à un système commercial mondial plus inclusif et universellement bénéfique.
UN MARCHE FIABLE
A la périphérie d'Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, la construction d'une nouvelle installation de torréfaction pour Awo Coffee est en cours afin de répondre à la forte augmentation des commandes à l'exportation. Selon Tesfaye Gebru, directeur général d'Awo Coffee, environ 90% des produits torréfiés de l'entreprise sont expédiés vers la Chine chaque année.
"Depuis nos débuts en 2014, le marché chinois du café, en expansion rapide, est devenu notre principale destination d'exportation", a indiqué M. Gebru, soulignant qu'en 2024, l'entreprise a exporté vers la Chine environ 140 tonnes de grains de café vert éthiopiens et 20 tonnes de produits de café transformés, avec une croissance annuelle d'environ 10%.
L'expansion rapide d'Awo a été favorisée par un accès précoce à la politique chinoise de droits de douane nuls. A compter de décembre 2024, la Chine a accordé à tous les pays les moins avancés avec lesquels elle entretenait des relations diplomatiques un traitement tarifaire zéro sur 100% des lignes tarifaires, y compris à 33 pays africains.
L'impact sur les exportateurs de café éthiopiens a été fulgurant. L'Ethiopie, largement reconnue comme le berceau du café Arabica, a renforcé sa position sur le marché chinois, devenant l'un des plus grands fournisseurs de café de la Chine ces dernières années.
George Wambo Cornyu, producteur de cacao au Cameroun, a qualifié d'"opportunité en or" la politique de tarif zéro de la Chine qui s'étend désormais à 53 pays africains.
"Cela va encourager notre transformation locale et la création de valeur ajoutée", a anticipé M. Cornyu, également président de la coopérative agricole Masoka-Ikata au Cameroun. "Cela va déclencher l'industrialisation de notre propre secteur".
En 2025, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont progressé de 17,7% par rapport à l'année précédente pour atteindre 348 milliards de dollars américains, tandis que les exportations africaines vers la Chine ont dépassé les 123 milliards de dollars, reflétant ainsi le renforcement des liens économiques et commerciaux.
James Kandoya, journaliste économique senior au journal The Guardian de Tanzanie, a fait remarquer que, pendant longtemps, de nombreux produits africains ont eu du mal à pénétrer les principaux marchés mondiaux en raison de droits de douane élevés, de normes strictes ou de procédures complexes.
"Lorsque la Chine ouvre son marché aux exportations africaines avec des droits de douane nuls, cela crée immédiatement de réelles opportunités. Cela donne aux entreprises africaines le sentiment qu'il existe un marché fiable, prêt à s'engager avec nous à des conditions plus équitables. Cela peut encourager davantage d'investissements dans l'agriculture, la transformation et la logistique", a-t-il déclaré.
UN MOTEUR DE LA MODERNISATION AFRICAINE
Le premier train de marchandises transportant 54 conteneurs de produits locaux exportés vers la Chine en franchise de droits a quitté Nairobi, la capitale du Kenya, au mois de mars. Il a emprunté la ligne ferroviaire à écartement standard Mombasa-Nairobi, construite par la Chine, jusqu'à la ville portuaire de Mombasa avant de poursuivre son voyage par voie maritime vers la Chine.
Parmi les marchandises transportées figurait un lot d'huile d'avocat produite dans une usine de transformation située dans la zone franche industrielle d'Athi River, à la périphérie de Nairobi, dans laquelle a investi la société chinoise Sanmark Limited.
Depuis le début de son exploitation en août 2025, l'usine de transformation a exporté environ 410 tonnes d'huile d'avocat vers la Chine, où ce produit est passé du statut de produit de santé de niche à celui d'un article couramment proposé sur les principales plateformes de commerce électronique.
Avec l'entrée en vigueur de la politique de droits de douane nuls de la Chine, les acteurs du secteur de l'avocat au Kenya s'attendent à une nouvelle croissance des exportations.
"Nous avons hâte d'exporter davantage d'huile d'avocat et d'augmenter les revenus des agriculteurs locaux", s'est enthousiasmé Muhammad Khan, directeur des opérations chez Sanmark Limited. "Je pense également que davantage d'investisseurs chinois seront encouragés à pénétrer le marché kenyan et à y implanter des usines de transformation, ce qui renforcera l'efficacité et la résilience de la chaîne industrielle".
Qualifiant l'initiative de tarif zéro de "percée sans précédent dans le parcours des exportations", Lee Kinyanjui, secrétaire d'Etat au ministère des Investissements, du Commerce et de l'Industrie, a déclaré : "Il s'agit de bien plus qu'un simple changement de politique ; c'est un véritable tournant qui ouvre la porte à l'un des plus grands marchés de consommation au monde et positionne le Kenya pour une nouvelle ère de croissance commerciale et de création de valeur ajoutée".
UN STABILISATEUR QUI TOMBE A POINT NOMME
Dans un contexte marqué par une volatilité croissante et un protectionnisme grandissant dans le commerce mondial, la politique des droits de douane nuls de la Chine souligne son engagement ferme à favoriser une économie mondiale ouverte, à promouvoir un développement partagé dans les pays du Sud global grâce à une coopération pratique, et à apporter de la stabilité au système commercial et à la croissance économique mondiaux.
Lors du 39e sommet de l'Union africaine, le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a salué cette initiative, appelant tous les pays développés et les nations dotées d'un fort potentiel économique à prendre la même mesure.
Le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a estimé que l'initiative de la Chine était particulièrement vitale alors que l'Afrique était la plus touchée par les incertitudes mondiales.
"Nous observons également des politiques isolationnistes à travers le monde, alors que le protectionnisme gagne du terrain", a-t-il déclaré, soulignant que le régime de droits de douane nuls de la Chine était une initiative "très opportune" qui aiderait l'Afrique à relever les défis mondiaux.
"Le régime tarifaire zéro de la Chine renforce la résilience commerciale, soutient la diversification des exportations africaines et préserve les perspectives de développement en les protégeant des chocs externes", a déclaré Leseko Makhetha, directeur du département d'économie de l'Université nationale du Lesotho.
"Il renforce un système commercial mondial fondé sur des règles, offrant une alternative au protectionnisme et contribuant à stabiliser les flux commerciaux dans un contexte de tensions mondiales", a ajouté M. Makhetha.■
