Après plusieurs années de croissance atone, l'Europe est entrée dans 2026 avec l'espoir d'un redressement. Mais l'escalade des tensions au Moyen-Orient a provoqué de fortes fluctuations des prix du pétrole et du gaz, menaçant de compromettre cette reprise.
BRUXELLES, 25 mars (Xinhua) -- Après plusieurs années de croissance atone, l'Europe est entrée dans 2026 avec l'espoir d'un redressement. Mais l'escalade des tensions au Moyen-Orient a provoqué de fortes fluctuations des prix du pétrole et du gaz, menaçant de compromettre cette reprise.
La hausse des coûts de l'énergie devrait alimenter l'inflation et assombrir les perspectives de croissance de la zone euro, laissant ménages et entreprises se préparer à une année difficile.
Le dernier épisode de turbulences, déclenché le 28 février par des frappes israélo-américaines contre l'Iran, s'est fait sentir lundi sur les marchés de l'énergie, où les prix du pétrole et du gaz ont fortement fluctué sur fond de signaux contradictoires en provenance de Washington et de Téhéran.
En début de séance, le Brent a dépassé les 113 dollars le baril, portant ses gains à environ 50% depuis le début du conflit, alors que les inquiétudes liées à d'éventuelles perturbations de l'approvisionnement s'intensifient en raison de la fermeture effective du détroit d'Ormuz, axe majeur pour les expéditions mondiales de pétrole.
Les prix ont ensuite reculé après que le président américain Donald Trump a dit avoir eu des discussions "très bonnes et productives" avec l'Iran et annoncé un report de cinq jours des frappes prévues contre les infrastructures énergétiques iraniennes. Le Brent a alors chuté de plus de 10%, repassant sous les 100 dollars le baril.
Cependant, cette baisse a été de courte durée après le démenti de Téhéran concernant toute négociation. Les prix du pétrole ont rebondi autour de 105 dollars le baril avant de se stabiliser à environ 101 dollars dans les échanges de l'après-midi.
Les prix du gaz en Europe ont suivi une évolution similaire. Les contrats à terme de référence néerlandais TTF ont dépassé les 63 euros (73 dollars) par mégawattheure en début de séance. Après les déclarations de Donald Trump, ils sont tombés autour de 54 euros (63 dollars), avant de remonter à environ 59 euros (68 dollars) à la suite de la réaction iranienne. Ils se sont ensuite repliés à près de 55 euros (64 dollars) dans l'après-midi.
Le Brent constituant la principale référence pétrolière en Europe, la volatilité des marchés du brut se répercute depuis près d'un mois sur les prix à la pompe, obligeant les ménages européens à supporter le coût du conflit à travers une hausse progressive des prix des carburants et de l'énergie.
"Dès le premier jour du conflit, nous avons constaté des hausses de prix sur les factures des raffineries. Chaque jour, chaque nouvelle facture est plus élevée que la précédente (...) et cette hausse finit par être répercutée sur les consommateurs. Les gens se plaignent", a déclaré à Xinhua Maria Zagka, présidente de l'Association des propriétaires de stations-service de l'Attique et porte-parole de la Fédération hellénique des propriétaires de stations-service.
HAUSSE DES FACTURES ALIMENTAIRES
Le choc énergétique ne se limite plus aux marchés du pétrole et du gaz. A travers l'Europe, la hausse des coûts des carburants commence à se répercuter sur les prix des biens de consommation courante, augmentant le risque qu'une pression énergétique prolongée se transforme en inflation généralisée.
Selon des chercheurs, l'impact se fait déjà particulièrement sentir sur les produits à forte intensité énergétique, tels que les produits de boulangerie, les produits laitiers et les aliments transformés, tandis que les biens reposant sur de longues chaînes d'approvisionnement deviennent également plus coûteux.
La Commission d'Etat bulgare sur les bourses de produits et les marchés a déjà signalé une hausse des prix de gros pour la plupart des produits, avec des augmentations particulièrement marquées, de 11% à 19%, pour les pommes, les tomates et les bananes la semaine dernière. Les prix des oignons, des poivrons, du chou et du riz ont également progressé, tout comme ceux du citron, des haricots et des lentilles.
Les prix des céréales, du maïs, du soja, du riz et de la viande pourraient également augmenter, a indiqué Samina Sultan de l'Institut économique allemand à l'agence de presse dpa, évoquant le coût élevé des engrais et rappelant que le soja et le maïs étaient largement utilisés comme aliments pour animaux.
Selon le dernier rapport de l'Institut allemand de recherche économique (DIW), la hausse des coûts de l'énergie devrait accroître l'inflation en Allemagne d'environ 0,4 point de pourcentage en 2026 par rapport aux prévisions antérieures.
David Bharier, responsable de la recherche aux Chambres de commerce britanniques, estime que le conflit en cours pourrait compromettre les progrès récents dans la maîtrise de l'inflation au Royaume-Uni.
"Nos dernières prévisions économiques indiquent que l'inflation devrait atteindre 2,7% au quatrième trimestre 2026 et nous n'anticipons pas de nouvelles baisses de taux à court terme. C'est une source d'inquiétude pour les entreprises qui comptent sur l'emprunt pour soutenir l'investissement et la croissance", a-t-il dit.
DES PERSPECTIVES ECONOMIQUES ASSOMBRIES
L'Europe avait entamé 2026 dans l'espoir d'une reprise attendue depuis longtemps après des années de croissance modérée. Mais ces perspectives se sont nettement assombries.
Dans ses projections de mars 2026, la Banque centrale européenne a indiqué que les perspectives de croissance s'étaient améliorées durant une grande partie de l'année précédente et que l'économie avait conservé une dynamique positive au début de l'année, tout en avertissant que la guerre au Moyen-Orient assombrissait à nouveau ces perspectives.
Les retombées du conflit conduisent déjà gouvernements et économistes à revoir leurs anticipations.
Le Premier ministre portugais, Luis Montenegro, a reconnu la semaine dernière que le Portugal pourrait enregistrer un déficit en 2026 en raison des "circonstances exceptionnelles" liées aux conséquences des tempêtes et à la crise énergétique.
En Allemagne, première économie européenne, le DIW prévoit une croissance de 1% en 2026 et de 1,4% en 2027, soit respectivement 0,3 et 0,2 point de pourcentage de moins que les estimations précédentes.
Les économistes se montrent également plus prudents quant aux perspectives de la zone euro dans son ensemble. Franziska Palmas, économiste senior pour l'Europe chez Capital Economics, estime que la croissance devrait fortement ralentir, même si la zone devrait éviter une récession, avec deux trimestres de stagnation cette année suivis d'une reprise progressive.
Carsten Brzeski, responsable mondial de la macroéconomie chez ING Research, a adopté un ton plus sombre, prédisant que, dans un scénario sévère, la hausse des prix de l'énergie pourrait réduire la croissance de la zone euro de 0,5 point de pourcentage en 2026 et de 0,4 point de pourcentage en 2027, poussant l'économie dans une récession technique à l'été 2026, tout en faisant grimper l'inflation nettement au-dessus des projections de référence.
