(Multimédia) A la rencontre des gardiens des "esprits" du lac Poyang - Xinhua - french.news.cn

(Multimédia) A la rencontre des gardiens des "esprits" du lac Poyang

French.news.cn | 2026-03-03 à 13:33

Des grues de Sibérie dans la zone humide du lac Poyang, dans la province chinoise du Jiangxi (est), le 18 novembre 2025. (Photo : Yu Qiwen)

NANCHANG, 3 mars (Xinhua) -- Via des projets de restauration écologique, comment les "acteurs humains" invitent-ils les "acteurs non humains" à restaurer l'écosystème du lac Poyang, le plus grand lac d'eau douce de Chine ? Pour trouver la réponse, Victor Wright, anthropologue français à l'Université de Pékin, s'est rendu sur place et a mené plus d'un an de recherches sur le terrain.

Zone humide d'importance internationale, le lac Poyang est un site d'hivernage et d'escale essentiel le long de la voie migratoire Asie de l'Est-Australasie, l'une des neuf principales voies migratoires du monde.

Avec une superficie pouvant atteindre 4.000 km², il accueille chaque année plus de 700.000 oiseaux hivernants, dont la plus grande population hivernante au monde de grues de Sibérie. Ses vastes zones humides, mosaïque de lacs, de vasières et d'îlots herbeux, constituent de riches zones d'alimentation.

Au cours de son année sur le terrain, Victor a rendu visite à de nombreux habitants et agents de conservation de la région du lac, patrouillant le lac, prenant des photos et partageant des repas avec eux, nouant ainsi des liens d'amitié.

Parmi eux, Yu Qiwen, gardien du lac âgé de 48 ans dans le district de Duchang, dans la province orientale du Jiangxi. De nombreuses photos des deux hommes sont sauvegardées sur son téléphone. "De plus en plus de visages étrangers apparaissent dans la région du lac Poyang. Ils se soucient de l'écologie locale et sont également très curieux de ces eaux", note-t-il.

Duchang représente à lui seul environ un tiers des eaux du lac, la plupart de ses bourgs étant directement situés sur les rives. Chaque hiver, les oiseaux migrateurs y arrivent par vagues. Pour des espèces comme le cerf du père David, le lac Poyang fait partie de son aire de répartition historique.

Le soleil n'est pas encore levé, mais Yu Qiwen est déjà debout.

Dans sa maison près des rives du lac, il se stabilise à l'aide de ses deux mains, puis s'installe dans un fauteuil roulant électrique. D'une main, il actionne le levier de commande d'avant en arrière, tandis que de l'autre, il vérifie son équipement. "Jumelles. Appareil photo. Drone. Tout est prêt", déclare-t-il.

Lorsque la porte s'ouvre, un courant d'air froid s'engouffre dans la pièce, faisant rougir son visage en quelques secondes.

"Je ne fais pas cela seul", raconte Yu Qiwen. Deux villageois l'accompagnent dans ses patrouilles et surveillent les rives du lac à l'aide de jumelles.

Les patrouilles hivernales sont exigeantes. En cette période de l'année, les vents glacials peuvent rendre difficile le simple fait de garder les yeux ouverts. "Nous nous levons généralement avant six heures", précise-t-il, d'un ton détendu. "Une patrouille normale parcourt environ 17 kilomètres. Les jours plus longs, cela peut aller jusqu'à près de 40 kilomètres aller-retour."

Des cerfs du père David dans la zone humide du lac Poyang, dans la province chinoise du Jiangxi (est), le 26 mars 2024. (Photo : Yu Qiwen)

"Il y a un peu plus d'un mois, j'ai aperçu ici des cerfs du père David", déclare-t-il en montrant les zones humides près des eaux du lac Zhenzhu, qui font partie du lac Poyang.

Autrefois répandue dans l'est de la Chine, cette espèce a failli disparaître il y a plus d'un siècle, mais quelques individus ont survécu dans un domaine européen. En 2018, 47 cerfs ont été relâchés dans les zones humides environnantes du lac Poyang. Selon les autorités chargées de la faune du Jiangxi, la population est depuis passée à environ 80 individus.

"J'ai remarqué leurs traces pour la première fois en 2021", explique le gardien en faisant défiler des photos sur son téléphone. "Ils perdent leurs bois vers le solstice d'hiver. Les faons naissent en mai. L'année dernière, j'en ai photographié sept. Deux d'entre eux étaient des faons."

Quand on lui demande pourquoi il est devenu gardien du lac, Yu Qiwen répond sans hésiter : "Le lac est ma maison." Passionné de photographie, il passe souvent des journées entières à l'extérieur, à observer et à enregistrer.

Un accident routier survenu en 2016 a réduit sa mobilité, mais n'a pas rétréci son horizon. A l'aide d'un fauteuil roulant, d'un véhicule à trois roues et d'un drone, il continue de patrouiller et de documenter des animaux sauvages.

A travers la province du Jiangxi, la protection de la faune s'est transformée en une initiative coordonnée combinant législation, surveillance et participation publique. Des caméras infrarouges et des capteurs thermiques à distance facilitent les patrouilles nocturnes, tandis que des gardiens expérimentés comme Yu Qiwen étendent leur travail de conservation jusqu'aux rives du lac.

Ce changement n'est pas passé inaperçu auprès des observateurs extérieurs. Dans un message publié en janvier sur les réseaux sociaux, Victor décrit ce qu'il a vu au bord du lac : "un environnement plus riche, plus diversifié et plus vivant."

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