PORT-LOUIS, 20 février (Xinhua) -- Alors qu'une douce brise marine de l'été austral parcourt les rues de Port-Louis, la capitale mauricienne, les préparatifs du défilé annuel de chars de la fête du Printemps (Nouvel An chinois) sont déjà en cours dans un atelier discret à l'écart des grandes artères.
A l'intérieur, deux grands panneaux décoratifs se dressent bien en vue : l'un représente un cheval doré cabré, accompagné de vœux tels que "Bonheur et félicité" et "Que la richesse afflue"; l'autre dévoile un paysage hivernal du nord de la Chine, avec des montagnes enneigées et des arbres givrés, apportant une touche de fraîcheur à la chaleur estivale de Maurice.
Des plans sont empilés sur une longue table en bois, leurs coins légèrement recourbés à force d'avoir été manipulés. Des mètres rubans, des lanternes rouges et des rouleaux de toile reposent à proximité, témoignant d'un travail patient et minutieux.
Une douzaine d'artisans travaillent en étroite coordination. Certains soudent des structures métalliques, des étincelles jaillissant par brèves éclairs de lumière; d'autres fixent les panneaux centimètre par centimètre. L'un d'eux se tient en équilibre sur un bidon en plastique retourné pour suspendre des lanternes à la bonne hauteur, tandis que quelques autres prennent régulièrement du recul pour évaluer l'ensemble avant de revenir aux plans pour ajuster les détails.
L'ambiance festive ne surgit pas d'un seul coup. Elle prend forme progressivement, au fil de chaque section assemblée, de chaque lanterne suspendue et de chaque échange entre artisans.
Selon Jacques Li, responsable de l'atelier et membre de la troisième génération d'origine hakka à Maurice, issu du district de Meixian dans la province chinoise du Guangdong (sud), deux chars ont été préparés comme les années précédentes : l'un célèbre l'Année du Cheval et l'autre met en valeur les paysages de neige et de glace du nord de la Chine - un contraste qui, d'après lui, susciterait la curiosité de spectateurs.
M. Li espère que les Mauriciens comprendront que la fête du Printemps en Chine tombe en hiver, une saison durant laquelle tout le monde peut également admirer de célèbres montagnes et rivières, pratiquer des sports de glace et de neige exaltants et contempler de belles sculptures de glace en Chine. "L'hiver en Chine est aussi beau, voire plus beau que l'hiver partout ailleurs dans le monde", dit-il.
En tant que membre de la communauté hakka, dont l'histoire est étroitement liée aux migrations, il voit un parallèle entre le défilé de chars et le parcours de ses ancêtres. "Un char se déplace d'un endroit à un autre. D'une certaine manière, cela reflète l'expérience de vie du peuple hakka".
Bien que la préparation des chars soit exigeante, Jacques Li l'a décrite comme à la fois joyeuse et porteuse de sens. Il considère ce travail comme une expression de nostalgie et une partie intégrante de l'esprit festif.
"Pour nous, préparer le défilé, c'est comme préparer le réveillon pour toute la famille", note-t-il. A ses yeux, les chars n'appartiennent pas seulement à la communauté chinoise, mais à l'ensemble de la société mauricienne.
Comme la conception des chars nécessite une réflexion approfondie, M. Li indique que les discussions avec le Centre culturel chinois à Maurice et des associations chinoises locales ont duré plusieurs mois, afin de préserver la particularité de la culture chinoise tout en la rendant accessible à un public d'origines diverses.
Maurice est le seul pays d'Afrique à inscrire la fête du Printemps comme jour férié officiel. Depuis l'introduction du défilé de chars en 2018, avec le soutien des associations chinoises locales, ce défilé est progressivement devenu une plateforme importante permettant à des personnes de différents horizons culturels de célébrer ensemble.
Louise Chee Foong Tai Kie, vice-présidente de l'United Chinese Associations, estime que le défilé a permis à la fête du Printemps de dépasser le cadre des repas familiaux et de l'encens des temples pour entrer pleinement dans l'espace public.
A ses yeux, permettre à des personnes de cultures différentes de vivre cette célébration revêt une signification qui dépasse la simple festivité. En particulier, pour les jeunes générations, les chars "servent de salles de classe vivantes, transformant un patrimoine abstrait en quelque chose de visible, dynamique et festif".
Le défilé résonne également profondément auprès des spectateurs réguliers. Parmi eux figure Vikramsing Gungah, professeur en dialogue interculturel à la Middlesex University Mauritius et gendre d'une famille originaire de la province chinoise du Shandong.
Pour lui, les chars sont bien plus que de simples décorations, ce sont "des chapitres qui défilent d'une histoire vivante", illustrant la manière dont la communauté chinoise a pu préserver sa civilisation tout en s'enracinant dans le sol mauricien.
La fête du Printemps est devenue, selon M. Gungah, son "premier professeur d'appartenance interculturelle", une expérience vécue non à travers des manuels scolaires, mais à travers des odeurs, des sons, des saveurs et des sourires partagés. En assistant aux précédents défilés, il a dit ne pas avoir vu des communautés séparées, mais des familles hindoues, musulmanes, créoles et tamoules rassemblées côte à côte.
"Le défilé de chars est une conversation entre les civilisations", assure-t-il. "Il ne nécessite pas de traduction, mais seulement une présence, une ouverture et une volonté d'être touché".
Les chars sont encore en cours de préparation. Au douzième jour du premier mois lunaire, ils parcourront les rues de Port-Louis comme l'un des temps forts des célébrations de la fête du Printemps à Maurice. Bien qu'ils n'aient pas encore pris la route, les liens et les échanges culturels qu'ils incarnent ont déjà laissé l'esprit festif fleurir sur l'île.
Interrogé sur ses attentes pour le défilé de chars cette année, Vikramsing Gungah dit qu'il y assistera avec ses filles. "Lorsque les chars passeront, j'entendrai peut-être les paroles douces de ma belle-mère du Shandong : 'Quand le Cheval de Feu galope, les bénédictions suivent comme des flammes'". Fin
