KINSHASA, 25 août (Xinhua) -- Lors d'une conférence de presse le 22 août à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), le leader politique du Mouvement du 23-Mars (M23), Bertrand Bisimwa, a confirmé l'envoi à Doha d'une équipe de deux personnes chargée uniquement de discuter des mécanismes de cessez-le-feu et de la libération des prisonniers.
Ces déclarations sont intervenues alors que le Qatar relançait sa médiation entre le gouvernement congolais et le M23, après la signature le 19 juillet dans la capitale qatarie d'une déclaration de principes censée ouvrir des négociations dès le 8 août et aboutir à un accord de paix avant le 18 août. Ces échéances n'ont pas été respectées, Doha demeurant néanmoins le seul espace de dialogue direct entre les deux parties ces dernières semaines.
Quelques heures plus tard à New York, la sous-secrétaire générale de l'ONU pour l'Afrique, Martha Ama Akyaa Pobee, a salué "des avancées encourageantes sur le plan diplomatique", citant l'accord de paix signé le 27 juin dernier entre la RDC et le Rwanda, mais a aussitôt averti que "l'évolution sécuritaire sur le terrain ne reflète pas les progrès obtenus sur le front diplomatique".
Mme Pobee s'est dite profondément préoccupée, rappelant les conclusions du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'Homme, Volker Turk, qui attribue au M23 le massacre de 319 civils en juillet dans le territoire de Rutshuru du Nord-Kivu. Elle a également souligné les "gains territoriaux progressifs" des rebelles dans les territoires de Masisi, Walikale et Lubero, aux dépens des milices pro-gouvernementales dites Wazalendo.
Dans le Sud-Kivu, les médias locaux ont rapporté que les rebelles du M23 avaient pris le 23 août le village de Lubumba, carrefour stratégique, après avoir franchi la rivière Lushiji. Cette avancée alimente les craintes d'un encerclement d'Uvira, ville devenue capitale administrative provisoire depuis la prise de Bukavu par les rebelles en février.
PROCESSUS DE DOHA ENLISE
Le processus de Doha, longtemps perçu comme une percée, s'enlise. Selon des sources diplomatiques, un projet d'accord transmis la semaine dernière par le Qatar est resté sans suite, le M23 posant de nouvelles conditions préalables.
M. Bisimwa a affirmé que ce document "venu de Kinshasa" n'était qu'une manœuvre destinée à "faire diversion sur des questions importantes qui devaient être traitées avant (...) la deuxième phase (...) consacrée au traitement des causes profondes des conflits".
Kinshasa n'a pas directement réagi à ces accusations mais avait réaffirmé son "engagement ferme" en faveur d'un dialogue constructif, tout en insistant sur sa volonté de défendre la souveraineté nationale et de restaurer une paix durable.
Lors du Conseil des ministres du 22 août, le vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur, Jacquemain Shabani, a dénoncé de "flagrantes violations" de la Déclaration de Doha et de la Résolution 2773 du Conseil de sécurité adoptée en février, qui exige du Rwanda le retrait immédiat et sans condition de ses troupes de la RDC et enjoint Kinshasa de cesser tout soutien aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
De son côté, le M23 accuse les forces pro-gouvernementales, dont les "mercenaires étrangers", d'avoir lancé le 24 août une offensive contre la localité minière de Kadasomwa, dans le Sud-Kivu, provoquant "de lourdes pertes civiles" et des déplacements massifs.
URGENCE HUMANITAIRE CROISSANTE
Alors que le processus de paix piétine, la crise humanitaire dans l'est de la RDC atteint des proportions alarmantes. Selon les Nations Unies, plus de 28 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire et plus de sept millions sont déplacées à l'intérieur du pays, souvent à plusieurs reprises.
Mme Pobee a qualifié la situation en RDC de "l'une des urgences humanitaires les plus aiguës au monde". Elle a dénoncé la perte des moyens de subsistance, la saisie des récoltes et l'effondrement des conditions de vie.
Les récentes attaques du M23 et des Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l'Etat islamique, ont accentué les pertes civiles, tandis que les travailleurs humanitaires opèrent au péril de leur vie. Les violences sexuelles liées au conflit et le recrutement forcé d'enfants se poursuivent.
Malgré ce sombre tableau, Mme Pobee a insisté sur la possibilité de bâtir une paix durable à travers l'engagement sincère des parties et le soutien concerté de la communauté internationale. Elle a exhorté le Conseil de sécurité à "peser de tout son poids" pour garantir le respect de la Résolution 2773 et mettre fin aux souffrances extrêmes dans l'est du pays.
"A ce tournant critique pour la RDC et la région, il est crucial que le Conseil de sécurité apporte tout son poids aux efforts de paix en cours et exerce son influence afin de garantir le respect et l'application de la Résolution 2773", a-t-elle conclu. Fin
