L'escalade tarifaire engagée par Washington ne se limite pas aux flux commerciaux, elle bouleverse également l'architecture logistique reliant les deux rives de l'Atlantique.
BEIJING/BRUXELLES, 20 août (Xinhua) -- L'escalade tarifaire engagée par Washington ne se limite pas aux flux commerciaux, elle bouleverse également l'architecture logistique reliant les deux rives de l'Atlantique. Avec l'imposition de nouveaux droits de douane sur une large gamme de produits européens, le transport maritime, aérien et terrestre entre l'Europe et les Etats-Unis subit de profonds ajustements.
Selon les données publiées par plusieurs compagnies maritimes, le volume des conteneurs acheminés depuis les grands ports européens vers les terminaux américains de la côte Est a reculé depuis le début de l'année. Les chaînes logistiques sont désormais marquées par une hausse des coûts, des délais plus longs et une forte incertitude contractuelle.
Par contre, les principaux ports européens - Rotterdam, Anvers et Hambourg - connaissent une congestion sans précédent depuis la pandémie. Les compagnies maritimes signalent que les barges doivent parfois attendre jusqu'à 77 heures pour charger, tandis que les navires de haute mer connaissent de lourds retards, a écrit le Financial Times. Le journal souligne que les droits de douane américains viennent aggraver une situation déjà fragilisée.
Selon Atlantico, les surtaxes américaines décidées par Donald Trump ont déclenché une frénésie d'"achats de précaution" : grossistes, distributeurs et industriels des Etats-Unis ont avancé leurs commandes d'Asie, provoquant une hausse de 6% du trafic transpacifique sur les quatre premiers mois de l'année. Résultat : files d'attente d'un jour à Rotterdam et Anvers, alliées à des réorganisations d'alliances maritimes et à la "peak season" européenne désormais avancée en raison des contournements africains.
Le secteur automobile illustre de manière frappante cet impact. The Guardian rapporte en juillet que l'augmentation des droits de douane américains sur les voitures européennes a entraîné une chute de 15,9% des exportations de voitures, camionnettes, camions et tracteurs vers les Etats-Unis depuis le port d'Anvers-Bruges au cours des six premiers mois de 2025 par rapport à la même période l'année dernière. Des dizaines de milliers de véhicules s'entassent désormais dans les zones portuaires, faute de débouchés.
Les entreprises européennes, quant à elles, tentent de s'adapter, mais les options restent limitées. Selon des médias européens, plusieurs groupes industriels disposant déjà d'usines aux Etats-Unis ne parviennent pas à compenser la hausse des coûts logistiques. D'autres cherchent à utiliser des entrepôts relais pour contourner partiellement les barrières douanières, au prix de circuits plus longs et plus coûteux.
Une recomposition globale est en marche. Selon les données du média spécialisé FreightWaves, les flux portuaires ont évolué de manière contrastée en mai : l'indice mondial du trafic portuaire de conteneurs de Drewry a progressé de 5,4% sur un an, l'indice pour l'Europe a enregistré une hausse de 5,3%, mais celui pour l'Amérique du Nord n'a augmenté que de 2,7% sur un an (ou une baisse de 8% par rapport au mois précédent). Ces chiffres confirment une divergence nette entre les deux rives de l'Atlantique.
Au-delà des statistiques, les experts estiment que la volonté américaine de protéger son marché risque, paradoxalement, de marginaliser son rôle dans la logistique mondiale. Les décisions tarifaires créent une imprévisibilité qui remet en cause des décennies d'optimisation logistique. Face à cette fragmentation croissante, l'Europe est poussée à diversifier ses débouchés vers l'Afrique et l'Asie.■
