La relation sino-américaine n'est pas comparable avec la relation soviético-américaine (Zaki Laïdi)

Publié le 2011-01-16 09:27:52 | French. News. Cn
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PARIS, 15 janvier (Xinhua) -- "La relation Etats-Unis/Chine n' est pas comparable avec la relation Etats-Unis/Union soviétique", a estimé Zaki Laïdi, professeur et directeur de recherche du Centre d'études européennes à Science-Po, dans une interview accordée à l'agence Xinhua à l'occasion de la visite du président chinois Hu Jintao aux Etats-Unis du 18 janvier. "Pour les Etats-Unis, c'est une relation à la fois moins dangereuse et plus sérieuse. Moins dangereuse parce qu'il n'y a pas de compétition idéologique, et en même temps c'est un " antagonisme" (fait de confrontation et de coopération) qui sera plus sérieux parce qu'à la différence de l'Union soviétique, la Chine avance sur ses deux pieds : c'est-à-dire, une jambe économique et une jambe stratégique", a expliqué M. Laïdi. Auteur du <<Monde selon Obama>> et géopolitoloque français, M. Laïdi a indiqué que "(la Chine) c'est le seul acteur qui pourra être un jour le challenger des Etats-Unis. Et quand je dis " challenger", je ne dis pas qu'il va se lancer dans la guerre ou des choses comme ca. C'est un compétiteur avec lequel les Etats- Unis auront des affrontements, des divergences mais aussi d' immenses intérêts en commun".

"L'idée c'est que les Etats-Unis et la Chine ne peuvent pas se partager le monde, un peu sur le modèle de celui entre les Etats- Unis et le monde soviétique. La montée en puissance de la Chine ne nous met pas en face d'un processus comparable à ce qui a été, j' allais dire, le conflit entre l'occident et l'union soviétique", a- t-il expliqué.

"Les Etats-Unis et la Chine ne peuvent pas se partager le monde au sens idéologique et cela veut aussi dire que, même si ce sont les deux principaux acteurs dominants, ils n'ont pas la capacité de dominer toutes les affaires du monde. En gros, ceux qui cherchent à comparer la relation sino américaine à ce qui était la relation soviético américaine se trompent, ce n'est pas la même chose", a précisé le professeur Laïdi.

"Ce que j'ai voulu dire c'est que, malgré tout, la relation sino américaine est de plus en plus importante, même centrale dans le système international et que ca se traduit par le fait qu' aujourd'hui, sur aucun grand problème du monde, on ne peut pas imaginer un accord qui ne passe pas préalablement par un accord entre les Etats-Unis et la Chine ou qu'en tout cas aucun problème ne peut se régler contre les intérêts conjoints des Etats-Unis et de la Chine", a-t-il poursuivi.

"Il vaut éviter de surestimer, de simplifier. J'essaie de dire qu'il y a des mécanismes, des processus qui sont en jeu dont la relation entre la Chine et les Etats-Unis qui est quand même de plus en plus importante et fondamentale dans les relations internationales mais en même temps cela n'explique pas tout. On n' est pas dans une logique de partage du monde".

"Dans le monde, chacun doit trouver sa place et donc il appartient aux autres acteurs comme les Européens de se faire une place dans ce nouveau système international. Ca ne sera pas facile parce que l'Union européenne n'est pas un Etat, à la différence des Etats-Unis, de la Chine, du Brésil, de l'Inde. Donc, il faut que l'UE se trouve une place dans cette nouvelle configuration et c'est plus dur que pour les autres.

"Je ne crois pas qu'il y a un idéal. L'idéal c'est un monde qui soit pluralise, un monde où il n'y a pas une puissance qui domine toutes les autres. L'idéal, c'est un monde multipolaire mais c'est très difficile à organiser. Mais je pense fondamentalement qu'on va vers un monde plus multipolaire. Ce qu'il faut, c'est un monde qui garantie une certaine stabilité internationale".

S'agissant sur la prochaine visite du président chinois aux Etats-Unis, le professeur Laïdi a souligné qu'il s'intéresse à la structuration du système international dans son ensemble. "Je m' intéresse à la transformation du nouveau système international, aux rapports de puissance", a-t-il dit.

"Mon sentiment c'est que un nouvel ordre mondial apparaîtra forcément, il est en train d'émerger, ce sont des processus qui seront toujours des processus très long. Et ce n'est pas pendant une présidence que vous allez créer un nouveau système monétaire international, que vous allez réduire les équilibres globaux, que vous allez réduire la volatilité du cours des matières premières, etc. On est dans des processus de transformation qui seront forcément long".

Selon M. Laïdi, "à terme le yuan et le dollar seront les deux monnaies dominantes du système mondial. Mais avant que le yuan prenne une part importante dans le système monétaire international, il faut raisonner en termes de 20 à 25 ans ! Tous les changements auxquels on assiste, sont, à mon avis, inexorables".

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