KINSHASA, 27 octobre (Xinhua) -- Le nombre de cas confirmés d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a dépassé le seuil des 10.000, marquant une étape particulièrement sombre dans ce qui est devenue la deuxième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée dans le monde, alors que la recrudescence de la transmission, les attaques meurtrières contre les personnels de santé et la propagation du virus au-delà des frontières compliquent les efforts visant à endiguer l'épidémie.
Selon les derniers chiffres publiés mardi par les autorités sanitaires congolaises, le pays avait enregistré, en date du 25 octobre, un total de 10.060 cas confirmés, dont 4.887 décès, soit un taux de létalité de 48,6%. Cette épidémie, la plus importante et la plus meurtrière jamais enregistrée dans le pays, s'est propagée à huit des 26 provinces de la RDC et à 66 zones de santé. La province de l'Ituri (est) en demeure l'épicentre, concentrant plus de 70% des cas confirmés.
Un rapport publié mercredi dernier par le bureau régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l'Afrique a constaté une reprise de la transmission début octobre, après un recul observé fin septembre, l'évolution récente de l'épidémie laissant entrevoir une "nouvelle intensification de la transmission".
L'OMS a averti que l'aggravation de l'insécurité, la poursuite des déplacements de populations et les restrictions d'accès humanitaire perturbaient davantage les opérations de surveillance épidémiologique et de riposte, augmentant ainsi le risque que certaines infections passent inaperçues.
Les dangers auxquels sont confrontés les agents de santé ont été tragiquement illustrés au cours du week-end par la mort d'une infirmière, tuée lors d'une attaque dans la province de la Tshopo (nord-est), alors qu'elle intervenait à la suite d'une alerte Ebola.
"Les soins de santé doivent toujours être protégés", a déclaré dimanche le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, en condamnant cette attaque.
Au-delà des fluctuations du nombre de cas, les autorités sanitaires ont également identifié des faiblesses persistantes dans la détection précoce, la recherche des contacts et l'accès aux traitements comme autant d'obstacles majeurs à la maîtrise de l'épidémie.
Selon les données du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), seuls environ 12% des cas confirmés en RDC ont été détectés parmi les contacts préalablement identifiés. "Cela signifie qu'il existe des chaînes de transmission en cours que nous ne détectons pas", avait averti jeudi dernier Wessam Mankoula, un responsable du CDC Afrique, lors d'une conférence de presse en ligne.
UN VIRUS QUI FRANCHIT LES FRONTIERES
Les difficultés à contenir l'épidémie à sa source suscitent des inquiétudes croissantes au-delà des frontières de la RDC.
Au Kenya, 20 contacts du premier patient atteint d'Ebola importé dans le pays sont sortis de quarantaine lundi, après avoir achevé une période de surveillance de 21 jours sans présenter de symptômes. Le patient initial, un ressortissant kényan qui résidait en RDC, s'était rendu à Nairobi via l'Ouganda et est décédé le 5 octobre.
Le Kenya a depuis enregistré huit cas supplémentaires, tous liés au patient initial et détectés parmi des personnes déjà placées en quarantaine. Lundi, ce pays totalisait neuf cas confirmés, dont deux décès, tandis que 98 autres contacts restaient sous surveillance. Les autorités sanitaires n'ont trouvé aucune preuve de transmission au-delà du foyer épidémique identifié.
Plus loin, en Afrique de l'Ouest, la première patiente atteinte d'Ebola au Nigeria a été évacuée lundi vers la Suisse pour des raisons médicales, alors que l'origine de son infection fait toujours l'objet d'une enquête.
Cette patiente, une femme arrivée au Nigeria depuis l'Ouganda le 3 octobre, avait développé des symptômes quatre jours plus tard, avant que son infection ne soit confirmée le 20 octobre.
Le ministre nigérian de la Santé et de la Protection sociale, Muhammad Ali Pate, a indiqué lundi que l'état clinique de la patiente s'était amélioré et qu'elle était "stable". Elle a été transférée en Suisse avec son mari, qui ne présentait toujours aucun symptôme.
Le Nigeria ne compte actuellement plus aucun patient atteint d'Ebola confirmé sur son territoire, tandis que 52 contacts restent sous surveillance, a indiqué lundi l'OMS, soulignant que le pays n'avait pas pour autant été déclaré exempt d'Ebola.
M. Pate a précisé que la fin de l'épidémie pourrait être déclarée dès le 7 décembre, si aucun nouveau cas confirmé ou probable n'était détecté, sous réserve de la validation du décompte réglementaire de 42 jours.
L'origine de l'infection de la patiente nigériane demeure toutefois incertaine, ce qui a conduit à l'ouverture d'une enquête conjointe avec l'Ouganda, où elle avait séjourné avant son arrivée à Abuja.
Le ministre ougandais de la Santé, Chris Baryomunsi, a déclaré dimanche dans un communiqué que les autorités travaillaient avec le Nigeria et leurs partenaires internationaux pour examiner les résultats du séquençage génomique et vérifier les antécédents de voyage, les contacts ainsi que les déplacements de la patiente en Ouganda et sur son trajet vers Abuja.
L'Ouganda, qui avait enregistré 20 cas confirmés, dont deux décès, avant de déclarer la fin de son épidémie en juillet, a réaffirmé dimanche qu'il demeurait exempt d'Ebola.
Vendredi, le pays avait annoncé des mesures de précaution supplémentaires, notamment le rétablissement des formulaires obligatoires de localisation des voyageurs, le renforcement du dépistage aux frontières et des restrictions de transit visant les voyageurs ayant séjourné en RDC.
Le directeur général du CDC Afrique, Jean Kaseya, a salué dimanche la vigilance continue de l'Ouganda et sa coopération avec le Nigeria dans l'enquête sur l'origine du cas importé, tout en avertissant que le risque d'une nouvelle propagation transfrontalière persistait. "La distance n'est en aucun cas une garantie de protection", a déclaré M. Kaseya.
LA COURSE AUX VACCINS
Alors que les autorités sanitaires peinent à interrompre les chaînes de transmission, les scientifiques cherchent à développer une arme durable contre cette épidémie.
Vendredi dernier, un premier participant a reçu une dose d'un vaccin candidat à Bunia, chef-lieu de l'Ituri, la province congolaise la plus touchée, marquant le lancement d'un essai clinique décisif de phases 2 et 3 baptisé Tumaini, qui signifie "espoir" en swahili.
Cet essai vise à déterminer si les vaccins candidats peuvent protéger de manière sûre et efficace les populations contre la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin n'a encore été homologué.
Le premier candidat vaccin évalué est Ervebo, déjà approuvé contre une autre souche du virus Ebola. Des préparatifs sont en cours pour intégrer à l'essai deux autres candidats vaccins ciblant spécifiquement la souche Bundibugyo, développés respectivement par Moderna et par l'Université d'Oxford, en collaboration avec le Serum Institute of India.
"En cas de succès, ce serait la première fois que nous disposerions de preuves claires de l'efficacité d'un vaccin contre le virus Bundibugyo", a déclaré Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de gestion des situations d'urgence sanitaire de l'OMS.
Il a estimé qu'une telle avancée constituerait "un progrès majeur" susceptible de transformer la riposte aux épidémies actuelles et futures. Fin
