Chine : des étangs aux courts de tennis, les filières caractéristiques dynamisent les campagnes du Hubei - Xinhua - french.news.cn

Chine : des étangs aux courts de tennis, les filières caractéristiques dynamisent les campagnes du Hubei

French.news.cn | 2026-09-28 à 11:14

WUHAN, 28 septembre (Xinhua) -- La brème de Wuchang, poisson célèbre en Chine depuis les années 1950, peut désormais partir vivante des étangs du village de Sanshan, à Ezhou, ville de la province chinoise du Hubei (centre), et arriver le jour même sur les tables des grandes villes du pays.

Cette notoriété n'a pas toujours fait le bonheur des pêcheurs : à Sanshan, les cages envahissaient le lac, les eaux usées le souillaient, et l'on vendait difficilement sa pêche. Après un assainissement systématique, le lac s'est rétabli : 9.800 mu (environ 650 hectares) d'étangs intensifs sont aujourd'hui surveillés par des capteurs connectés qui suivent la température et l'oxygène de l'eau.

La qualité et les normes ont fait le reste. "Huahai No 1", nouvelle variété mise au point à la ferme nationale de géniteurs du poisson de Wuchang, figure depuis quatre années consécutives parmi les variétés principales du ministère de l'Agriculture ; "Huahai No 2" grandit plus vite, résiste mieux aux maladies et réduit de 30% la durée d'élevage des gros poissons, précise Gao Zexia, professeure à l'Université d'agriculture du Centre de la Chine. Le poisson de Wuchang est aussi devenu l'une des neuf marques publiques agricoles régionales de la province. Un poisson vivant de 3 kg se vend désormais plus de 1.000 yuans (environ 140 dollars) pièce.

Wang Ge, villageois de Sanshan, a passé des années à faire du commerce dans le Shanxi avant de rentrer dans sa région natale. En 2022, il a créé une coopérative réunissant plus de 200 foyers d'agriculteurs ; en 2024, il a construit une base d'élevage standardisée, un entrepôt frigorifique et une usine de transformation. Sa société a mis au point un procédé de salaison à basse température et faible teneur en sel, et a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de plus de 15 millions de yuans (environ 2,1 millions de dollars). Un réseau logistique "de la base de production à l'entrepôt urbain", relié à l'aéroport international de Huahu, à Ezhou, premier aéroport-hub asiatique dédié au fret, achemine le poisson vivant dans toutes les grandes villes de Chine en 24 heures.

Le paysage rapporte aussi. Li Jiayi, une villageoise née dans les années 2000, a ouvert un camping au bord du lac, offrant aux visiteurs une nuit "au bord de l'eau, sous les étoiles". "Au bord de ce lac, l'élevage n'est pas le seul moyen de s'enrichir : le paysage rapporte lui aussi", dit-elle. L'an dernier, la filière du poisson de Wuchang à Ezhou a généré plus de 20 milliards de yuans de production, au bénéfice de 15.000 foyers piscicoles.

Dans le district de Qichun, une plante a connu une ascension semblable. Deng Aiming cultive l'armoise depuis près de trente ans et dirige une coopérative agricole de ce district, terre natale de Li Shizhen, médecin de la dynastie Ming dont le Compendium de matière médicale vantait l'"armoise de Qichun" comme la meilleure du pays. "Il y a des années, ce que nous gagnions en vendant l'armoise ne couvrait parfois même pas le transport", se souvient Deng Aiming. "Aujourd'hui, les entreprises passent commande à l'avance."

Sa coopérative fédère plus de 300 foyers adhérents et quelque 2.000 familles des villages voisins ; son armoise alimente notamment Yunnan Baiyao, China Resources Pharmaceutical et China Traditional Chinese Medicine. Ce retournement repose sur des normes : Qichun a bâti le premier système complet de normes de la filière de l'armoise en Chine, élaborant ou coélaborant 39 normes provinciales, soit plus de 80% du total national. La plante est déclinée en plus de 1.350 produits, et 94.000 personnes ont été formées à la moxibustion, dont nombre de travailleurs migrants et de femmes rurales revenus dans leur région. La production de la filière a atteint 19 milliards de yuans en 2025, contre environ 1,3 milliard en 2015.

A Jingshan, le renouveau se joue aussi sur un court de tennis. Il faut le voir pour le croire : Peng Jufang, un villageois de Wenfeng, dans la ville de Jingshan de la province du Hubei, est à la fois éleveur de bovins et coach de tennis ; il a formé plus de 3.000 joueurs au fil des années.

Son histoire commence en 1986 : employé au service électrique, il aménage avec des collègues un terrain de terre battue dans un espace libre derrière le bureau. Quarante ans plus tard, il n'a jamais raccroché. "C'est cette passion qui m'a poussé à bien faire tout le reste", dit-il. "Les villageois posent leur houe et attrapent une raquette : peu importe l'âge, le métier ou le niveau, tout le monde peut jouer."

Au cœur de la station de tennis de Jingshan, le village de Wenfeng compte plus de 80 courts et plus de 800 pratiquants réguliers, et les amateurs y trouvent toujours un partenaire. Jingshan, ville de moins de 600.000 habitants, compte plus de 100.000 joueurs réguliers et 356 courts de dimensions réglementaires, répartis entre ville et campagne.

"Quel que soit votre niveau, vous trouvez toujours un adversaire à votre mesure", observe Bao Zhuolun, entraîneur à l'Ecole de tennis de la province du Hubei. "Le tennis n'est plus un sport de l'élite, c'est devenu un sport populaire, qui fait partie du quotidien."

Cette passion se transforme en revenus bien réels. Selon Hu Zhipeng, secrétaire de la cellule du Parti pour le village de Wenfeng, de nombreux habitants louent leur maison aux parents dont les enfants suivent des cours à l'école de tennis, engrangeant près de 3.000 yuans par mois ; un restaurant sur le thème du tennis réalise un chiffre d'affaires annuel de 600.000 yuans et fait vivre une dizaine de villageois. Les jeunes reviennent aussi : clubs, restaurants à cour intérieure et maisons d'hôtes thermales ont été créés par des villageois revenus dans leur région.

La dynamique dépasse le cadre du village : c'est toute la ville qui en profite. L'Open de tennis de Jingshan 2025 a attiré 56.000 spectateurs et généré 110 millions de yuans de retombées touristiques directes ; 3,15 millions de visiteurs sont venus, "raquette à la main", créant des recettes touristiques de 2,8 milliards de yuans et une filière tennis de 3,5 milliards de yuans.

Fu Hanlu, cadre du sous-district de Jingshan, indique que le village de Wenfeng prévoit à l'avenir d'introduire des opérateurs professionnels et de bâtir une station sur le thème du tennis, afin de devenir une destination de villégiature périurbaine mêlant sources thermales et tennis.

Cette dynamique s'inscrit dans le 15e Plan quinquennal (2026-2030), qui promeut le développement d'économies locales basées sur leurs propres caractéristiques et encourage les territoires de base à développer des créneaux spécialisés pour réveiller le potentiel des campagnes.

Du poisson à la balle de tennis, ces histoires dessinent un basculement plus large : les campagnes chinoises rivalisent moins sur ce qu'elles produisent que sur la qualité de vie qu'elles offrent. Les filières se modernisent, les jeunes reviennent, la vie s'améliore. Le pouls d'une Chine dynamique bat dans ses campagnes. Fin

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