KINSHASA, 13 août (Xinhua) -- La riposte contre l'épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo (RDC) fait face à de nouvelles difficultés dans l'Ituri, son principal foyer, où un centre de traitement a été temporairement fermé jeudi en raison d'un mouvement de grève, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avertit que l'épidémie, déjà la deuxième plus importante jamais enregistrée, pourrait durer jusqu'à douze mois dans le scénario le plus pessimiste.
Le centre de traitement Ebola (CTE) de Nizi, situé dans le territoire de Djugu, n'a pas assuré ses services dans la matinée de jeudi après que des agents de la riposte ont cessé le travail, selon des sources locales. Dans une déclaration lue devant le centre, les grévistes ont affirmé cumuler trois mois d'arriérés de salaire et demandé aux autorités de régulariser leur situation afin de permettre la reprise normale des activités.
Des acteurs de la société civile locale ont averti qu'une prolongation de ce mouvement pourrait affecter les opérations de lutte contre l'épidémie, alors que l'Ituri continue de concentrer l'essentiel des cas et des décès enregistrés dans le pays.
Le mouvement de Nizi intervient dans un contexte de mécontentement persistant parmi certains agents mobilisés dans la riposte en Ituri. Ceux-ci soutiennent que, malgré plusieurs consultations et les engagements pris par les autorités, la question du paiement de leurs rémunérations n'a pas encore été entièrement réglée.
Cette nouvelle difficulté opérationnelle survient alors que l'épidémie continue de progresser rapidement.
Selon le dernier rapport de l'Institut national de santé publique (INSP), publié mercredi et portant sur des données arrêtées au 11 août, la RDC a enregistré 4.566 cas confirmés, dont 2.128 décès. L'épidémie touche cinq provinces, à savoir l'Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo, l'Ituri demeurant la province la plus affectée, avec 28 de ses 36 zones de santé ayant enregistré des cas.
"C'est déjà la deuxième plus grande épidémie d'Ebola jamais enregistrée et elle progresse plus rapidement que toutes les précédentes", a averti mercredi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'un point de presse à Genève.
Au rythme actuel, l'épidémie pourrait dépasser en ampleur celle qui avait frappé l'Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016, a-t-il souligné.
Selon l'OMS, environ 90% des cas confirmés et 80% des décès ont été enregistrés en Ituri, où la transmission se poursuit de manière soutenue.
M. Tedros a également souligné qu'une proportion élevée des décès continuait de survenir au sein des communautés plutôt que dans les centres de traitement, tandis que de nombreux nouveaux malades étaient détectés en dehors des listes de contacts déjà identifiés, signe que certaines chaînes de transmission échappent encore aux équipes de riposte.
"Tant que nous n'aurons pas identifié et interrompu chaque chaîne de transmission, nous ne mettrons pas fin à cette épidémie", a-t-il affirmé.
Abdirahman Mahamoud, directeur chargé des opérations d'alerte et de riposte aux urgences sanitaires à l'OMS, a indiqué que la planification de la riposte se faisait actuellement sur la base d'un scénario modéré d'une durée de six mois. Dans le scénario le plus pessimiste, l'épidémie pourrait toutefois durer de neuf à douze mois, a-t-il averti.
Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme OMS de gestion des situations d'urgence sanitaire, a indiqué que les enquêtes menées jusqu'à présent suggéraient que le virus avait pu circuler pendant deux à trois mois avant la détection officielle de l'épidémie, même si la date exacte du début de la transmission reste à déterminer.
L'épidémie, provoquée par le virus Ebola de Bundibugyo, a été déclarée le 15 mai par les autorités congolaises.
Alors que les autorités sanitaires cherchent encore à rattraper plusieurs chaînes de transmission non détectées, les perturbations touchant les structures de prise en charge dans l'épicentre ajoutent une nouvelle pression à une riposte déjà mise à rude épreuve. Fin
