RDC/Ebola: plus de 2.000 cas recensés, mais l'OMS redoute une ampleur réelle de deux à quatre fois plus importante (PAPIER GENERAL) - Xinhua - french.news.cn

RDC/Ebola: plus de 2.000 cas recensés, mais l'OMS redoute une ampleur réelle de deux à quatre fois plus importante (PAPIER GENERAL)

French.news.cn | 2026-07-15 à 09:48

KINSHASA, 14 juillet (Xinhua) -- Les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo (RDC) a confirmé mardi que le nombre de cas confirmés d'Ebola dans le pays a dépassé le seuil de 2.000 pour atteindre 2.011, dont 754 décès, alors que l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a averti que l'ampleur réelle de l'épidémie pourrait être de deux à quatre fois supérieure au bilan officiel.

Selon l'OMS, la persistance de chaînes de transmission non détectées, le nombre élevé de décès communautaires et l'extension géographique rapide de l'épidémie risquent de maintenir la riposte en retard sur la dynamique de transmission.

S'exprimant à Genève après une mission à Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri et épicentre de la 17e épidémie d'Ebola enregistrée en RDC, Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de l'OMS de gestion des situations d'urgence sanitaire, a déclaré que la flambée actuelle, causée par le virus Ebola Bundibugyo, progressait plus rapidement que toutes celles précédemment prises en charge par l'organisation.

"Nous avons observé la croissance la plus rapide en un mois depuis le début de l'épidémie, et la plus rapide de toutes les épidémies d'Ebola que nous ayons eu à gérer", a-t-il dit.

Comparant la situation à un incendie, le responsable de l'OMS a expliqué que la transmission continuait de s'intensifier dans les principaux foyers tout en gagnant de nouvelles zones. Les modèles de l'organisation suggèrent que l'ampleur réelle de l'épidémie pourrait être deux à quatre fois supérieure au nombre de cas déclarés.

L'épidémie semble entrer dans une "nouvelle phase", marquée par une extension progressive au-delà de son épicentre initial en Ituri, selon un rapport hebdomadaire publié mardi par le bureau régional de l'OMS pour l'Afrique.

La propagation récente aux provinces de la Tshopo et du Haut-Uélé "accroît la complexité de la riposte et augmente le risque d'une propagation nationale et transfrontalière", souligne le rapport.

Les autorités sanitaires congolaises ont indiqué mardi que l'apparition de nouveaux cas dans le Haut-Uélé, qui totalise désormais 14 cas confirmés, dont 13 décès, témoignait d'une nouvelle extension géographique nécessitant un renforcement immédiat de la surveillance, des capacités de diagnostic et de la préparation opérationnelle.

La proximité de certaines zones touchées avec l'Ouganda et l'importance des mouvements de population augmentent également le risque de propagation transfrontalière.

La détection de cas à Kisangani, capitale de la Tshopo, une ville de plus de 1,6 million d'habitants et un important carrefour reliant l'est et l'ouest du pays, met en évidence le risque d'une diffusion plus large le long des grands axes de transport, notamment le fleuve Congo, a averti mardi le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Dans le Sud-Kivu, en revanche, aucun nouveau cas confirmé n'a été signalé depuis le 26 mai. La province maintient une surveillance renforcée en vue d'une éventuelle déclaration de fin de transmission.

DES CHAÎNES DE TRANSMISSION NON DÉTECTÉES

L'une des principales sources d'inquiétude réside dans les conditions dans lesquelles ils sont détectés. Malgré l'amélioration des capacités de laboratoire et du suivi des contacts, "80% des nouveaux cas se trouvent en dehors de nos listes de contacts et proviennent donc de chaînes de transmission que nous ne connaissons pas", a averti M. Ihekweazu.

Au 13 juillet, 12.430 contacts de cas confirmés étaient sous suivi, avec un taux de suivi de 67,4%, bien en deçà de l'objectif opérationnel recommandé de 95%, selon le rapport des autorités sanitaires congolaises.

Le profil de mortalité révèle les mêmes retards dans la détection et la prise en charge. Au cours de la période examinée, 205 décès parmi des cas confirmés ont été recensés, dont près de 68% sont survenus en dehors des structures de traitement, selon le rapport de l'OMS.

M. Ihekweazu a qualifié le nombre de personnes décédant sans avoir pu accéder aux soins de "constat le plus alarmant" de l'épidémie.

UN PREMIER ESSAI CLINIQUE D'UN ANTIVIRAL

La flambée actuelle est causée par le virus Ebola de type Bundibugyo, contre lequel il n'existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.

Un premier essai clinique a été lancé mardi afin d'évaluer si l'antiviral obeldesivir peut prévenir une infection par le virus Ebola Bundibugyo après une exposition.

Mené en RDC et en Ouganda, l'essai prévoit de recruter près de 1.000 adultes et enfants âgés de plus de douze ans, selon l'OMS. Les participants doivent avoir été en contact direct, au cours des cinq jours précédents, avec un patient confirmé, le corps d'une personne infectée ou une aiguille contaminée.

Un autre essai soutenu par l'OMS, baptisé PARTNERS, a été lancé le 2 juillet en RDC afin d'évaluer des traitements destinés aux patients déjà infectés. Il porte sur l'anticorps monoclonal MBP134 et l'antiviral remdesivir, utilisés séparément ou en combinaison.

Les recherches préventives et thérapeutiques ne pourront toutefois pas compenser les retards dans la détection des cas, a souligné M. Ihekweazu. La priorité immédiate reste d'identifier plus tôt les personnes infectées, de les isoler et de les prendre en charge avant que des chaînes de transmission non détectées ne se propagent davantage dans les communautés.

UNE RIPOSTE SOUS PRESSION

La riposte à Ebola se déroule sur fond de crise humanitaire majeure dans l'est de la RDC, où les violences armées, les déplacements massifs de population, l'insécurité alimentaire et plusieurs autres épidémies exercent une forte pression sur des ressources déjà limitées.

Au 13 juillet, 753 patients étaient en isolement ou hospitalisés. Les centres de traitement et autres structures de soins affichaient un taux d'occupation moyen de 87,4% à l'échelle nationale, avec des capacités saturées ou presque saturées dans plusieurs foyers de forte transmission, selon les autorités sanitaires.

La riposte est compliquée par l'insécurité, les attaques contre le personnel et les structures sanitaires, la méfiance de certaines communautés, le départ de patients avant la fin de leur prise en charge ainsi que les protestations d'intervenants de première ligne dénonçant leurs conditions de travail et le non-paiement de certaines indemnités.

Au total, 114 personnels de santé et intervenants de première ligne ont été infectés, dont 36 sont décédés, selon les autorités congolaises.

Pour réduire les résistances communautaires et prévenir de nouvelles attaques, il faudra davantage de transparence, une implication précoce des responsables communautaires et des garanties claires quant à la prise en charge des patients, a estimé M. Ihekweazu.

AUTRES URGENCES SANITAIRES MAJEURES

Déclarée à la mi-mai, l'épidémie s'est étendue à cinq provinces déjà profondément touchées par les conflits et les déplacements. Selon les données humanitaires de l'ONU, la RDC comptait environ 5,8 millions de déplacés internes à la fin du mois de mars 2026, dont près de 923.000 en Ituri et 1,2 million au Nord-Kivu, les deux provinces supportant l'essentiel de la charge épidémique. Environ 307.000 personnes ont été nouvellement déplacées dans le pays depuis le début de l'année.

La riposte à Ebola doit en outre composer avec d'autres urgences sanitaires majeures. Au cours des 26 premières semaines de 2026, la RDC a enregistré environ 32.100 cas de choléra, 99.200 cas de rougeole et 22.800 cas de mpox, selon des données humanitaires publiées mardi par les Nations Unies.

M. Ihekweazu a appelé les gouvernements et les partenaires internationaux à ne pas se résigner. "Ce n'est pas le moment de baisser la garde", a-t-il déclaré, avertissant que les conséquences d'une action tardive dépasseraient largement les frontières de la RDC.

"Nous avons besoin que le monde se rassemble, non seulement par charité ou par soutien pour la RDC, mais dans notre propre intérêt éclairé. Plus nous agissons maintenant, mieux nous serons placés à l'avenir", a-t-il conclu. Fin

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