HEFEI, 29 juin (Xinhua) -- Dans un atelier d'art à l'Université normale de l'Anhui, à Wuhu, ville dans l'est de la Chine, Qiu Tian, une étudiante de 19 ans, dessine soigneusement le visage d'un jeune homme qu'elle n'a jamais vu.
Cet homme n'a laissé aucune photographie. Tout ce dont elle dispose, ce sont quelques vieilles photos de famille, des archives et les témoignages de ses descendants encore en vie. Après des dizaines de retouches, le portrait d'un martyr révolutionnaire mort il y a près d'un siècle prend peu à peu forme.
Des mois plus tard, lorsque la fille du martyr, âgée aujourd'hui de plus de 100 ans, a vu pour la première fois de sa vie le visage de son père reconstitué, elle fut émue aux larmes.
Depuis 2023, une équipe de bénévoles composée principalement d'étudiants de l'Université normale de l'Anhui a réalisé les portraits de plus de 600 martyrs. Alliant les techniques de dessin traditionnelles à la restauration assistée par l'intelligence artificielle (IA), ces étudiants aident les familles à renouer avec leurs proches dont l'image avait été perdue dans l'histoire.
Des histoires comme celle-ci deviennent de plus en plus courantes en Chine, alors que les jeunes générations cherchent à interpréter l'héritage révolutionnaire de leurs propres façons.
Pour de nombreux jeunes Chinois, l'héritage révolutionnaire n'est plus confiné aux manuels scolaires ou aux vitrines de musées. Il devient de plus en plus un espace de créativité, d'exploration culturelle et de réflexion personnelle.
Au Mémorial de la bataille de traversée du fleuve Yangtsé, à Hefei, capitale de la province de l'Anhui, la technologie numérique transforme la façon dont les visiteurs peuvent vivre l'histoire.
Cette bataille en 1949, événement charnière dans le processus de libération de la Chine, est restituée grâce à des systèmes de projection immersifs, des expériences de réalité augmentée et des installations interactives. Les visiteurs peuvent pénétrer dans des scènes reconstituées et explorer les événements de manière plus engageante.
"Nous avons introduit des technologies telles que l'imagerie holographique et l'interaction alimentée par l'IA pour aider les visiteurs à se sentir plus proches de l'histoire et à tisser un lien émotionnel avec les personnages qui la sous-tendent", a expliqué Li Tengfei, chef de la conception du projet.
Le mémorial a également enrichi son programme d'activités pour les jeunes. Des activités allant des jeux de société à thème militaire aux défis historiques interactifs ont rencontré un vif succès auprès du jeune public. Selon les responsables du mémorial, les visiteurs de moins de 35 ans représentent plus de 60% des visiteurs pendant les jours fériés.
"Nombre de ces martyrs n'étaient que des adolescents ou de jeunes adultes lorsqu'ils ont sacrifié leur vie", a indiqué Zhang Heguo, un étudiant, après sa visite du mémorial. "La visite me permet d'apprécier encore davantage la paix dont nous jouissons aujourd'hui."
Des initiatives similaires sont menées dans tout le pays. Les musées et les sites commémoratifs adoptent de plus en plus des technologies telles que la réalité virtuelle pour rendre les récits historiques plus accessibles aux jeunes générations.
Alors qu'ils s'approprient de plus en plus la culture révolutionnaire, les jeunes voient leur rôle se transformer. Ils ne se contentent plus de recevoir l'histoire, ils en deviennent les créateurs et les narrateurs.
Les universités chinoises ont mis en place des groupes de vulgarisation historique dirigés par des étudiants, des organisations de bénévoles et des équipes de contenu numérique. Pendant les vacances d'hiver de cette année, des étudiants bénévoles de l'Université des sciences et technologies de Chine ont expérimenté des visites guidées en relais au Mémorial de la bataille de traversée du fleuve Yangtsé, des étudiants de différentes filières expliquant chacun différents chapitres de l'histoire dans un langage conçu pour trouver un écho auprès de leurs pairs.
Les médias sociaux sont également devenus une plateforme importante pour la narration historique.
Du Zhihui, un créateur de contenu né dans les années 1990, anime un compte populaire consacré au partage d'histoires du passé révolutionnaire de la Chine. Contrairement aux vidéos courtes qui dominent de nombreuses plateformes en ligne, certains de ses documentaires historiques durent trois à quatre heures. Pourtant, ils ont récolté des millions de vues et lui ont valu plus de sept millions d'abonnés sur les réseaux sociaux.
Chaque année, après le concours national d'entrée à l'université, il reçoit des messages d'étudiants qui disent que ses vidéos les ont aidés à persévérer pendant des mois de préparation à l'examen.
"Quand l'histoire devient quelque chose que les gens peuvent voir, ressentir et méditer, elle commence vraiment à résonner", a déclaré Shi Hui, un guide senior du Mémorial de la bataille de traversée du fleuve Yangtsé. Fin
