KINSHASA, 15 mai (Xinhua) -- Une nouvelle épidémie d'Ebola qui s'est déclarée dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), la 17e enregistrée dans le pays depuis 1976, suscite des inquiétudes quant à un risque de propagation régionale, après l'annonce de 80 décès dans une province instable frontalière de l'Ouganda et du Soudan du Sud, tandis que Kampala a confirmé un cas importé chez un ressortissant congolais.
Le cas index présumé, selon le gouvernement congolais, est un infirmier d'âge inconnu, décédé au Centre médical évangélique de Bunia. Ce cas remonte au 24 avril 2026 dans la zone de Rwampara. Le patient présentait une symptomatologie évocatrice de la maladie à virus Ebola, notamment de la fièvre, des hémorragies, des vomissements et une grande faiblesse.
Le gouvernement congolais a annoncé vendredi soir que 246 cas suspects et 80 décès avaient été signalés en date du 15 mai, dont quatre décès parmi les cas testés positifs. Cette mise à jour intervient après l'annonce par le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) d'une nouvelle épidémie dans la province de l'Ituri (est), principalement dans les zones de santé de Mongwalu et de Rwampara, avec des cas suspects également signalés à Bunia, chef-lieu provincial.
Selon le gouvernement congolais, l'Institut national de recherche biomédicale a conduit jeudi des analyses de laboratoire sur 13 échantillons sanguins, dont huit se sont révélés positifs à la souche Bundibugyo du virus Ebola. Cinq autres échantillons n'ont pas pu être analysés en raison d'un volume insuffisant de prélèvement, a-t-il précisé.
La souche Bundibugyo du virus Ebola a été identifiée pour la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, dans l'ouest de l'Ouganda, où 131 cas et 42 décès avaient été enregistrés, soit un taux de létalité de 32%, selon l'OMS.
Les vaccins homologués et largement utilisés contre Ebola ciblent le virus Ebola Zaïre, et non l'espèce Bundibugyo.
UN CONTEXTE A HAUT RISQUE
Le CDC Afrique a mis en garde contre un risque de propagation supplémentaire en raison du contexte urbain de Bunia et de Rwampara, des mouvements importants de population, de la mobilité liée aux activités minières à Mongwalu, de l'insécurité dans les zones touchées, des lacunes dans l'identification des contacts, des défis en matière de prévention et de contrôle des infections, ainsi que de la proximité avec l'Ouganda et le Soudan du Sud.
L'Ituri est depuis longtemps affectée par les violences armées, les déplacements de population et la fragilité des services de santé. Dans certaines parties de la province, l'insécurité et le mauvais état des routes peuvent ralentir la détection des cas, le suivi des contacts, les enterrements sécurisés et l'acheminement du matériel médical.
Le risque transfrontalier a été renforcé par la confirmation, en Ouganda, d'un cas importé concernant un Congolais de 59 ans, décédé jeudi à Kampala après avoir été admis dans un hôpital en début de semaine. Le ministère ougandais de la Santé a indiqué qu'un échantillon prélevé sur le patient avait également été testé positif à la souche Bundibugyo.
"Il s'agit d'un cas importé depuis la RDC. Le pays n'a pas encore confirmé de cas local", a déclaré Diana Atwine, secrétaire permanente du ministère ougandais de la Santé.
Jean Kaseya, directeur général du CDC Afrique, a estimé qu'une coordination régionale rapide était essentielle compte tenu des importants mouvements de population entre les zones touchées et les pays voisins.
Le CDC Afrique a indiqué avoir convoqué vendredi une réunion d'urgence avec les autorités sanitaires de la RDC, de l'Ouganda et du Soudan du Sud, ainsi qu'avec des partenaires internationaux clés, afin de renforcer la coordination transfrontalière, la surveillance, le soutien aux laboratoires, la prévention et le contrôle des infections, la communication sur les risques et les efforts de riposte.
DES SIGNAUX D'ALERTE DEPUIS PLUSIEURS SEMAINES
Cette confirmation de l'épidémie intervient après plusieurs semaines de décès inhabituels à Mongwalu, selon le site d'information Actualite.cd, qui cite un rapport de terrain du ministère de la Santé daté du 13 mai.
D'après ce rapport, 55 patients sont décédés à l'Hôpital général de référence de Mongwalu entre le 1er avril et le 13 mai, tandis que le taux de létalité dans le service de médecine interne est passé de 9% en avril à 31% en mai, a rapporté Actualite.cd.
Les correspondants de Xinhua ont également obtenu vendredi une copie de ce rapport de terrain.
Le même document fait état d'un foyer de 15 décès au sein d'une même famille, certains survenus après une réunion familiale à Bunia, avec des patients présentant des symptômes similaires, dont de la fièvre, des maux de tête et des vomissements.
Les premiers tests réalisés localement à Mongwalu se seraient révélés négatifs pour la souche Ebola Zaïre, la dengue, le choléra, le paludisme, la variole simienne, la COVID-19 et d'autres maladies.
L'OMS a déclaré vendredi avoir reçu une alerte le 5 mai concernant des cas suspects.
Une mission de l'OMS, comprenant son représentant ainsi que l'équipe de préparation et de riposte aux urgences, avait déjà été déployée en Ituri afin d'appuyer les autorités provinciales dans les investigations ayant conduit à la confirmation de l'épidémie, selon une communication faite par l'ONU.
"L'OMS continuera de travailler pour aider la République démocratique du Congo à maîtriser cette épidémie d'Ebola, déploiera des ressources et travaillera avec des partenaires dans toute la région tout en les mobilisant, afin de contenir sa propagation et de prendre en charge les personnes touchées", a promis le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d'une conférence de presse vendredi à Genève.
UN PAYS HABITUE AUX FLAMBEES D'EBOLA
Le virus Ebola est très contagieux et peut provoquer notamment de la fièvre, des vomissements, des diarrhées, des douleurs généralisées ou un état de malaise, ainsi que, dans les cas graves, des saignements internes et externes. Selon l'OMS, les taux de létalité d'Ebola varient selon le sous-type viral.
Il s'agit de la 17e épidémie d'Ebola enregistrée en RDC depuis l'identification du virus en 1976 à Yambuku, dans la province de l'Equateur (ouest). La précédente flambée, située dans la province du Kasaï (centre), s'était déclarée le 4 septembre 2025, s'achevant le 1er décembre 2025, après 64 cas, dont 53 confirmés et 11 probables, ainsi que 45 décès.
"La RDC dispose d'une vaste expérience dans la riposte aux épidémies d'Ebola et l'OMS intensifie rapidement son appui à la réponse", a déclaré vendredi Mohamed Janabi, directeur régional de l'OMS pour l'Afrique, dans un communiqué. "En étroite collaboration avec les autorités nationales et les partenaires, nous nous mobilisons rapidement en déployant une expertise et des ressources supplémentaires afin d'arrêter la propagation du virus, protéger et sauver des vies". Fin
